Aujourd’hui plus que jamais, il faut tirer les erreurs du passé. Le dialogue est devenu le seul moyen susceptible de préserver la Mauritanie contre les changements anticonstitutionnels et les dérives autocratiques. Il urge alors d’instaurer un dialogue politique entre le camp du pouvoir et celui de l’opposition. C’est par cette voie que les uns et les autres pourront œuvrer ensemble à créer un climat de stabilité politique sur lequel peut s’épanouir une démocratie pérenne. Il faut saisir cette occasion à temps au risque de retomber dans l’absolutisme d’un pouvoir et les jacqueries dangereuses d’une opposition qui n’hésitera pas d’exploiter la moindre brèche …
Depuis la fin de l’élection présidentielle et les contestations qui ont suivi la victoire de Mohamed Ould Abdel Aziz, tout semble retrouver son calme maintenant. Du moins dans le rejet des résultats longtemps contestés par les principaux challengers du vainqueur. Officiellement l’opposition n’a pas reconnu la victoire de l’homme au pouvoir. Mais lors de son discours d’ouverture de la rentrée parlementaire le leader de App et président de l’assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir avait invité les uns et les autres à tourner la page du passé. Certains observateurs avaient vu là un changement de ton dans le discours du candidat vaincu de la coalition de l’opposition. Aucun des autres prétendants de poids n’a aussi continué à réclamer l’annulation du scrutin d’une victoire consommée et irréversible. Passée cette parenthèse, tout est maintenant rentré dans l’ordre. Le problème de la légitimité du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz n’est plus un sujet de discussion dans les salons. Mais cela n’a pas fait dissiper les remords d’une opposition qui croit que sa victoire a été usurpée par un vote chimique. On ne peut pas donc dire que la confiance est revenue entre le nouveau président et ses adversaires. Mais on présume que la sérénité est de mise. Les conditions propres à la l’instauration d’un dialogue politique ne sont –elles pas réunies pour amorcer un dégèle des rapports entre le camp de la majorité et celui de l’opposition ? Rien n’est moins sûr. Entre une opposition qui n’a que sa bouche pour crier et une majorité qui se confond au président élu démocratiquement certains se demandent qui a peur du dialogue. Mohamed Ould Abdel Aziz dit-on pense que, avec ou sans l’opposition cela ne change pas le cours de l’histoire de son règne. C’est dans ce cadre qu’il avait déclaré que l’entrée de l’opposition dans un gouvernement élargi n’est pas à l’ordre du jour dans son agenda. Cette position n’a jusque –là pas en tout cas été démentie par un fait contraire sachant que le gouvernement est resté fermé à toute formation de gauche. Comme pour répondre à ce manque d’intérêt accordé aux « airs d’autosuffisance » de leur adversaire, l’opposition place la poursuite du dialogue inclusif prôné dans les accords de Dakar comme une préalable dans toute autre démarche visant à se « rapprocher » du pouvoir . Cet argument a servi de base de non participation aux journées de concertations de la majorité. Aziz semble éviter à tout prix de rencontrer le camp adverse comme pour dire qu’il n y’a plus rien à se dire. S’il ne s’agit pas d’une peur de l’un vis -à -vis de l’autre, il s’agit certainement d’un orgueil politique de la part de celui qui dispose de tous les moyens pour se maintenir au pouvoir autant qu’il le pourra. Or en démocratie la condition la plus sûre pour consolider un pouvoir est d’accepter de discuter avec l’opposition. Car c’est dans un climat apaisé que peut s’épanouir une démocratie. Le contraire ne mènera qu’à l’absolutisme d’un pouvoir et aux jacqueries de l’opposition. Il faut donc tirer les erreurs du passé pour éviter de retomber dans le cycle infernal de l’éternel recommencement. Un pouvoir qui refuse de s’ouvrir s’use plus vite et sa durée de vie est très hypothétique. Tout comme une opposition qui se recroqueville sur elle-même perd sa vitalité.
Amadou Diaara
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