Le chef de file de l’Opposition démocratique en Mauritanie - si cette appellation a encore un sens aujourd’hui – évoque comme argument l’approbation, en 2008, par la Mauritanie de la Charte de l’Union Africaine (UA) qui interdit à toute personne ayant contribué à la chute d’un régime démocratique de se présenter à une quelconque élection présidentielle.
Cette pirouette de Ould Daddah, lors d’une conférence de presse organisée hier lundi, au siège de son parti, est vue par nombre d’observateurs comme l’une des dernières tentatives pour barrer la route au général Mohamed Ould Abdel Aziz qu’il considère comme le seul obstacle pouvant l’empêcher, à l’heure actuelle, de réaliser ses ambitions présidentielles.
D’aucuns s’étonnent cependant que le chef de file de l’opposition démocratique n’ait pas pensé au rôle éminemment stratégique qu’il a joué dans le débauchage du pouvoir du président démocratiquement élu, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.
L’attitude du RFD, avant et après le 6 août 2008, n’est-elle pas un élément capital de la conspiration (rectification) que les anciens soutiens de Sidioca ont mené avec son opposition démocratique ? On peut être d’accord avec Ahmed Ould Daddah que les garanties d’une élection présidentielle libre et transparente, sous l’égide du Haut Conseil d’Etat, sont loin d’être évidentes. Mais il est tout aussi évident que pour empêcher le général de continuer à occuper des lieux qu’il connaît déjà si bien, il faut plus qu’un miracle.
Inéligibilité des membres du HCE
Dans ces déclarations relatives à cette inéligibilité des membres du HCE, le Rfd rappelle dans un communiqué publié hier les nombreuses "propositions de sortie de crise" qu’il avait initié et précise-t-il ont été considérées par "le Groupe de Contact International sur la Mauritanie comme une base de négociation entre les trois parties prenantes mauritaniennes Rfd, Fndd, Hce) dans la recherche d’une solution consensuelle".
Au sujet de ces initiatives, le parti d’Ahmed Ould Daddah indique la proposition relative à "l’inéligibilité des membres des forces armées et de sécurité en service au 06 août 2008" qui, indique-t-il a "été rejetée par le Haut Conseil d’Etat et ses partisans, arguant du fait que les conditions d’éligibilité sont fixées par la loi et que celle-ci n’interdit les candidatures que pour les militaires et les magistrats en exercice le jour du scrutin".
Le Rfd poursuit à ce stade ses explications des astuces prises par les autorités militaires pour légitimer la candidature kaki en ajoutant "pour contourner l’obstacle juridique posé devant la candidature d’un membre du Haut Conseil d’Etat, il suffirait donc, selon l’interprétation juridique des Autorités de fait, que ce membre démissionne de l’institution militaire avant l’échéance électorale et qu’il devienne ainsi une personnalité civile éligible comme tout un chacun.
C’est dans cette optique que l’idée de démission du Président du Haut Conseil d’Etat, 45 jours avant l’élection présidentielle, a été concoctée et proposée aux partenaires étrangers. Ainsi donc la candidature de cet officier serait-elle conforme à la loi mauritanienne".
Le Rfd fait ici allusion au Quai d’Orsay qui ne cache plus ses soutiens à la junte au pouvoir. D’ailleurs, des coopérants militaires français seraient actuellement venus au pays pour former leurs collègues mauritaniens sur des techniques d’écoute et consorts. Toujours est-il que le Rfd qui ne désespère pas dans un combat où il devra s’investir pleinement pour se bien se positionner, jette de nouveau un pavé dans la mare en se soulevant l’irrégularité de la candidature des militaires du point de vue de la Charte Africaine pour la Démocratie, ratifiée par la Mauritanie.
Cette charte relative aux s Elections et à la Gouvernance qui "interdit formellement cette candidature, en disposant dans son article 25, alinéa 4 « les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne peuvent ni participer aux élections organisées pour la restauration de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans leurs Etats". Cette charte a été même ratifiée par le Parlement Mauritanien avec ses deux chambres, promulguée et publiée au journal officiel (loi 2008-016 du 29 avril 2008 publiée au Journal Officiel Numéro 1169 du 15 juin 2008).
Dans son communiqué, le Rfd rappelle que "la Constitution Mauritanienne stipule en son article 80 que «les traités et accords régulièrement approuvés sont supérieurs aux lois dès leur publication». Et poursuit "ainsi, la Mauritanie qui a déjà ratifié cette Charte Africaine a, aujourd'hui, l’obligation juridique de la respecter, selon sa constitution et selon le droit international". Le parti d’Ahmed Ould Daddah finit en attirant l'attention de l'opinion nationale et internationale ainsi que celle des parties prenantes mauritaniennes et des membres du Groupe de contact "de prendre en compte dans leurs efforts de recherche de sortie de crise, le fait que la Loi Mauritanienne et le droit international interdisent aux membres du Haut Conseil d’Etat de se présenter aux prochaines élections".
Amadou Diaara
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