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Alors que la plupart des enfants achèvent une longue nuit de sommeil, d'autres enfants, moins privilégiés, s'arrachent de leur couche, dans un taudis des quartiers précaires pour partir à la quête de leur pain quotidien et de celui des leurs tôt le matin, parfois même dès les premières lueurs du jour.

De laborieuses journées les guettent. Pas le temps de se prêter aux jeux d'enfants ni à une scolarisation dont ils auraient tant aimé bénéficier. Responsabilisés avant l'âge de raison, ils se battent, tant bien que mal, pour survivre. Ce sont les enfants ramasseurs d’aluminium.

Brahim, tout juste âgé de 11 ans, passe toute sa journée dans un environnement auquel rien ne le prédestinait : l’énorme décharge située à l’est de Nouakchott. Il ne prend pas n’importe quoi. Le petit Brahim, malgré son jeune âge est, pour ainsi dire, le meneur d’une petite bande d’enfants de son âge ayant fait du ramassage des ordures leur métier.

Il collecte surtout l’aluminium, mais aussi les autres métaux, comme le fer, qu’il revend tôt le lendemain aux artisans des marchés populaires de la capitale, fabricants locaux d’ustensiles de cuisine traditionnels. Il ramasse aussi les divers déchets déversés chaque soir par une société française de collecte de poubelles domestiques.

Brahim fait partie de ces milliers d’enfants des couches défavorisées. Sous la contrainte de la misère, ils se retrouvent trop tôt dans le rôle de chefs de familles, en raison de l’absence du père, ayant démissionné de son rôle de père, aussi bien sur le plan affectif, social, éducatif que financier (suite à un décès ou à un divorce).

Des enfants chefs de famille

Il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre d'enfants qui s'occupent de leurs familles au moyen de la collecte des déchets de la ville, mais les experts sociaux estiment leur nombre pour la ville de Nouakchott, à quelques milliers. L’aluminium utilisé constitue le premier article de choix du matériel collecté par les enfants, à partir des décharges qui sont situées dans la périphérie de la ville.

Les jeunes passent deux à trois jours dans les décharges, pour la collecte des pièces usées, et une fois atteint le poids de quelques kg, un fardeau que le dos frêle des enfants peut supporter, ils transportent la marchandise vers une entreprise située au marché de la capitale, spécialisée dans le recyclage de matériaux ferreux utilisés. Le kg d'aluminium est revendu à 50 ouguiya environ, soit moins de 20 cents. Bien malin est celui qui arrive à écouler 10 kg d’aluminium par jour.

Au "marché Diouk", des flammes remontent de petits fours situés dans l’aile occupée par les artisans fabricants d’ustensiles traditionnels. Tous les mauritaniens utilisent des ustensiles traditionnels : marmites, fourneaux, louches, écuelles, couteaux. Les ustensiles traditionnels côtoient ceux importés.

Personne ne peut s’en passer. Ils supportent une température trop forte. Pour préparer la cuisine traditionnelle, les objets de fabrication locale sont incontournables. Il s’agit donc d’un créneau porteur, grâce auquel les enfants ramasseurs de "mbalit" arrivent à subvenir aux besoins de leurs familles. Brahim est joyeux. Il ne cache pas sa fierté d’avoir amassé une quantité suffisante du précieux métal, l’aluminium, susceptible de lui fournir de quoi pouvoir tenir deux à trois jours, ce qui signifie autant de repos, loin de l’atmosphère viciée de la décharge.

Le gamin examine les résultats de sa journée productive : outre l’aluminium, il y a des vêtements encore utilisables, jetés par des gens aisés, une paire de chaussures à sa pointure, pas si usées que ça, à mettre à ses pieds nus.

La mère de Brahim ne cache pas sa fierté. Son aîné a pu assurer à elle et à ses quatre frères l’identique de ce que rapportait le père quand il était là. Il est parti se ramier en secondes noces avec une autre enchaîne, d’un ton amer, Khaddouj.

Qui constate : "nous vivons de ce métier (le ramassage d’ordures) auquel s’adonne mon fils. Il ne peut pas aller à l’école, par ce que cela signifierait la mort de ses frères". Les sommes qu’il rapporte vont à la dépense quotidienne de la famille.

Mourir pour survivre

Les enfants ramasseurs de poubelles sont confrontés à de multiples risques, dont l'exposition à toutes sortes de maladies par contact avec la saleté : diarrhées, maladies de la peau. Dans les zones adjacentes aux usines, les enfants sont confrontés au risque de décès, à cause des instruments tranchants et d’énormes pièces de métal, dont ils essaient de profiter, qui peuvent leur tomber dessus.

Le coût dérisoire du kg d’aluminium (50 ouguiya) fait des enfants les principales victimes d’un système qui les écrase, bien qu’ils en soient des fournisseurs non négligeables. En l’absence d’un marché étendu du recyclage et de la récupération des déchets domestiques et industriels et de législation de ce secteur informel, les enfants continueront d’être les victimes expiatoires d’un système qui les exploite.

Yahya Ould Hamoud