Que faut-il faire pour en sortir ?

 "Devant cette situation, nous attendions à ce que les nouvelles autorités déploient des efforts réels pour trouver une issue consensuelle de sortie de crise. Au lieu de cela, elles se sont malheureusement obstinées à conduire de façon unilatérale le processus politique", a déclaré Ahmed Ould Daddah.

L’objectif de cette rencontre est d’ouvrir un dialogue libre et approfondi pour procéder au diagnostic des préoccupations du peuple mauritanien et des problèmes de l’Etat et de la société, en vue de formuler les solutions, les plans et les méthodes appropriées pour asseoir la Démocratie et le Développement en Mauritanie.

A l’exception de Jémil Ould Mansour, Ba Mamadou Alasane, tous les chefs de partis politiques hostiles au mouvement de la rectification du 6 août 2008 étaient au rendez-vous de la première rencontre organisée par le "Club pour la Démocratie et le Développement" : Boïdiel Ould Homeïd, Ahmed Ould Daddah, Ibrahima Moctar Sarr, Messaoud Ould Boulkheir, Mohamed Ould Maouloud…

A qui la faute si aujourd’hui on en est là ?

Au cours de l’inauguration de ce club de réflexion, il y a eu une conférence portant sur le thème "Quel retour à l’ordre constitutionnel et à la Démocratie" animée par le Pr. Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Salah. Plus qu’un cours magistral, cette conférence a permis de comprendre, sur le plan juridique, les enjeux d’un retour à l’ordre constitutionnel et  démocratique.

Pour le conférencier, les militaires qui ont accaparé le pouvoir depuis 1978,  n’ont pas un rôle à jouer dans un modèle démocratique. A l’en croire, la fonction du pouvoir militaire est de se soumettre au pouvoir civil. Partant de ce fait, le coup d’Etat du 6 août 2008 ne se justifiait point. Pour lui, la démocratie est incompatible avec un régime militaire.

Au cours des débats qui ont suivi la conférence, chaque participant y est allé de sa propre lecture de la crise politique actuelle, de ses origines et surtout les solutions à apporter -un des objectifs de cette rencontre- pour en sortir. Ce forum tombe à pic. Car, jusque-là, les partis politiques se sont toujours accaparés des espaces de libertés d’expression. Ainsi, au cours de cette première rencontre, les discussions ont porté sur les vrais problèmes de la Mauritanie. De la dépendance de l’Etat, des chefs de tribus à la demande démocratique chez le peuple mauritanien en passant par l’absence de bonne gouvernance au sein des partis politiques et l’affaiblissement de l’Etat, tous ces problèmes ont été passés au peigne fin par les participants.

"L’espoir a été tué non seulement par le régime militaire issu du coup d’Etat du 6 août mais aussi par le comportement de nos leaders d’opinion", relève, sur une pointe de déception, Aïssata Satigui. "La Mauritanie est aujourd’hui assisse sur un volcan qui, de temps à autre, se réveille et s’agite", poursuit-elle. A son avis, le régime militaire utilise les populations pour asseoir son pouvoir. "Nous ne pouvons pas instaurer la démocratie sur le mensonge", avertit-elle.

Pour certains participants, afin de comprendre la crise actuelle qui secoue le pays, il faut remonter au 3 août 2005 qui a vu l’arrivée au pouvoir du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie. D’autres encore ont soutenu dans leurs arguments qu’il faut faire un diagnostic des 48 ans d’existence de l’Etat mauritanien qui a connu différents soubresauts politiques.

La Mauritanie est connue par la fréquence de ces coups d’Etat. A ce sujet, les participants estiment que cela est lié au fait qu’il n’y a jamais eu de démocratie encore moins de légalité constitutionnelle. D’ailleurs, c’est l’argument que les putschistes avancent toujours pour justifier leur coup d’Etat. "Il faut que les mauritaniens se donnent les moyens de régler les problèmes qu’ils vivent aujourd’hui et dont la plupart ont été légués par le régime de Taya", insiste Alpha Diallo.

Si, aujourd’hui, on en est encore là, c’est parce que la classe politique mauritanienne dans son ensemble y compris le pouvoir militaire n’a pas tiré profit des erreurs de la transition de 2005 qui fut un véritable fiasco sur le plan de la gestion des crises institutionnelles. Personne n’ignore que la Mauritanie est confrontée à une complexité de problèmes dont les causes n’ont pas été véritablement diagnostiquées.

Aux yeux de Khalilou Ould Dedde, le point central de la crise politique actuelle réside dans le fait que la classe politique mauritanienne a toujours buté sur les formes de modèle démocratique à choisir. Toutefois, en 2007, il y a eu l’amorce d’un modèle démocratique à la suite de la transition de 2005. Mais, en 2008,  la Mauritanie vécut une nouvelle intervention militaire dans le champ politique.

Le système politique mauritanien est à parfaire, aux yeux de la plupart des participants ayant intervenu au cours des débats. A en croire toujours Khalilou Ould Dedde, les crises politiques qui gangrènent l’espace institutionnel mauritanien ont commencé véritablement à partir de1978. Certains participants n’ont pas manqué non plus de fustiger l’attitude de nos partis politiques y compris le pouvoir militaire qui manque de clairvoyance pour déceler la très forte demande démocratique qui anime de plus en plus le peuple mauritanien. Ils regrettent que ces derniers n’aient pas tenu en compte ce paramètre qui évolue très rapidement.

Peut-on sortir de la crise ?

La crise politique actuelle a tellement duré qu’on commence même à s’interroger si on pourrait s’en sortir. Pour les uns, c’est bien possible à condition que les différents acteurs de la crise transcendent leurs contradictions. "Le retour à l’ordre constitutionnel et à la démocratie n’a pas de sens s’il n’y a pas une entente consensuelle sur un minimum de respect de la constitution, sur le respect des points de vue des uns et des autres et le respect des conventions signées avec nos partenaires", a souligné Khalilou Ould Dedde.

Inéluctablement et au-delà de certaines considérations d’ordre politique, le coup d’Etat du 6 août 2008 a interrompu un processus démocratique couronné par des élections municipales, législatives et présidentielles reconnues à travers le monde. "Nous avons tous mal compris le départ de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya et l’arrivée au pouvoir du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie", soutient Moctar Ould Zéine. "Ni la situation internationale, ni la situation intérieure du pays ne permettent aujourd’hui aux militaires de participer à la gestion du pouvoir ou de rester au pouvoir", explique-t-il.

La date de l’élection présidentielle a été arrêtée par le Haut Conseil d’Etat au 6 juin 2009. Déjà, du côté du Front National pour la Défense de la Démocratie, on semble aller, sauf une surprise de dernière minute, vers le boycott de cette élection. "Le 6 juin 2009, nous allons aux élections présidentielles sans pour autant qu’on sache véritablement si elles vont nous sortir de l’auberge", se demande Sangott.

Pour autant, aux yeux des participants, une issue consensuelle est bien possible. Tout en réitérant leur souhait que les militaires retournent dans les casernes, ils ont appelé la classe politique mauritanienne à redéfinir son domaine d’action et trouver les voies et moyens de sortir le pays de la crise politique. "Nous devons reconnaître qu’il y a eu rupture de la légalité constitutionnelle et de la démocratie", a assuré Me Yarba. "Ne poussons pas le peuple mauritanien à se substituer à l’Etat", prévient Sangott afin d’esquiver la "madagascarisation" de la situation politique.

Au cours des débats, des sujets aussi sensibles -réalités identitaires, passif humanitaire, retour des déportés, esclavage entre autres- ont été abordés. Ces problèmes, s’ils ont connu des débuts de solutions, ne sont pas totalement réglés et leur résurgence témoigne du manque de sérieux dans leur traitement.   

Les participants espèrent que le coup d’Etat du 6 août va désormais clore le cycle infernal des crises politiques que vit la Mauritanie depuis 1978.

Babacar Baye Ndiaye



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