La femme mauritanienne à l’épreuve de la libération du joug des hommes

 Dans les zones rurales, les femmes ne disposent même pas d’un titre de monopole sur quoi que ce soit. Les hommes émigrent en les abandonnant au foyer. Elles se voient contraintes, en usant de leur énergie, de se prendre en charge, de se nourrir, de s’occuper de leurs progénitures sans l’assistance de personne, de la collectivité, de l’administration territoriale qui pêche, dans ce domaine, par son manque d’appui.

Ici, les femmes n’ont pas accès à la propriété terrienne. L’exemple des femmes esclaves en est une illustration. Ce n’est pas étonnant si on qualifie aujourd’hui la réforme agraire de 1981 de bidon. Cette réforme, taillée sur mesure et à la faveur d’une certaine classe féodale, ne privilégie pas ceux qui travaillent la terre, la mettent en valeur.

 Les terres sont entre les mains des grands chefs de tribus qui ne pensent même pas les rentabiliser. Dans certaines contrées, comble de l’ironie, ces terres sont louées souvent à des esclaves qui par la suite vont traiter, de l’argent, avec eux !

Dans d’autres cas, après la moisson, ces mêmes propriétaires viennent pointer leur nez pour demander leur part de la récolte. Beaucoup d’Ongs s’insurgent, aujourd’hui, contre cette forme d’exploitation très ancrée et récurrente en Mauritanie.

Malgré les dénonciations de leur part, ces femmes esclaves continuent à être victimes de tels préjudices. Au niveau de l’Etat, on ne semble pas montrer de bonnes dispositions à éradiquer ce genre de discriminations. Au contraire, on continue à exploiter les gens. Tandis que le gouvernement laisse faire, en les laissant à leur sort et mourir de faim. Et pour combien de temps, cela va-t-il perdurer ?

La réforme agraire de 1981 semble donc montrer toutes ses limites puisqu’elle a tout simplement appauvri certains et enrichi d’autres. Ce n’est pas rare d’entendre qu’il y a, quelque part, des conflits parfois sanguinaires.

De tels conflits ne font qu’exacerber les tensions sociales. Ces conflits d’ailleurs n’épargnent pas non plus les femmes. De plus en plus, des voix s’élèvent notamment dans les organisations de défense des droits de l’Homme pour qu’on revoie la réforme agraire de 1981 afin de permettre aux plus démunis principalement les femmes d’accéder à la propriété terrienne en les subventionnant.

Aujourd’hui, les temps ont changé et la femme mauritanienne veut s’embarquer dans ce processus et participer au développement de la Mauritanie. Ainsi, pour certaines d’entre elles, leur libération du joug des hommes, souvent masochistes, passe d’abord par leur prise en conscience de leur situation, de leurs problèmes.

Autrement dit, ne rien attendre des hommes. Car, c’est elles seulement qui peuvent changer leur condition. Pour arriver à ce changement qu’elles aspirent, certaines d’entre elles pensent que c’est à elles que ce rôle revient, celui de se prendre en charge.

Par ailleurs, soutiennent d’autres, il faut qu’il y ait une amélioration concrète de toutes les lois concernant les droits de la femme. Pour elles, c’est la seule possibilité aux femmes d’aspirer à l’égalité et de combattre les disparités dont elles sont victimes.

Les plus hardies pensent que les femmes mauritaniennes, dans leur ensemble, doivent créer une dynamique entre les différentes organisations féminines au sujet des lois qui les discriminent et des conventions internationales. Partant du constat que la Mauritanie appartient à la communauté internationale, elles estiment qu’elle ne peut pas ignorer toutes ces conventions comme si de rien n’était.

Pour elles, la Mauritanie est tenue, dès lors qu’elle les a ratifiées,  à leur stricte application, à défaut de les harmoniser à la législation interne. Déclencher cette dynamique, aux yeux de nombreuses femmes, est la seule manière d’amener le gouvernement mauritanien et ceux qui l’incarnent à prendre conscience de la situation de la femme mauritanienne. Etat de droit, Equité, Démocratie…Ces mots n’enchaînent pas la femme !

Aujourd’hui, la lutte des femmes mauritaniennes se porte de plus en plus sur celle relative aux discriminations. Pour la plupart d’entre elles, la bataille de l’égalité passe d’abord par-là. Certes, en Mauritanie- d’ailleurs les femmes le reconnaissent-, il y a des avancées sur le plan de l’amélioration des lois au sujet des droits de la femme. Et, pourtant, de nombreux mécanismes interdisent aujourd’hui les discriminations à l’égard femmes qui continuent à souffrir du manque d’application de ces conventions internationales.

Certaines associations comme l’Association des Femmes Chefs de Famille (Afcf) se battent pour que les autorités lèvent les réserves faites sur la Convention des Nations Unies contre les Discriminations à l’égard des femmes.

D’ailleurs, cette association avec l’Association Mauritanienne des Droits Humains (Amdh), vient de lancer une campagne internationale sur la levée des réserves faites par la Mauritanie sur la CEDEF et le respect de la ratification de l’ensemble des protocoles additionnels relatifs aux droits de la femme.   

La situation économique des femmes est l’une des causes de leurs discriminations et de leurs faiblesses. Se libérer donc du joug des hommes, c’est aussi disposé d’un pouvoir économique réel. Il a été remarqué que si la femme est pauvre ou ignorante, elle n’aura pas de poids dans la société dans laquelle elle vit. C’est donc clair que la bataille se situe à plusieurs niveaux : économique, social, juridique et politique.  

Sur toutes ses batailles, celle relative à la politique est la plus éminente. Car, tant qu’il n’y aura pas de femmes leaderships en Mauritanie, des femmes qui accèdent aux sphères décisionnelles, des femmes qui participent à l’action publique, on ne pourra pas rêver, un jour, que la femme mauritanienne se libère du joug des hommes. Et de celui des discriminations.

Babacar Baye Ndiaye

Info source : Le Rénovateur Quotidien (Mauritanie)



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