L’ancien juge anti-terroriste français considère dans cette interview accordée à El Khabar que les groupes terroristes ont déclaré la guerre sainte à la France qui se doit de faire à leurs menaces par les moyens juridiques, de renseignement et militaires.
Question : Comment évaluer vous l’offensive militaire conduite par la Mauritanie soutenue par la France sur les frontières du Mali ? Réussite, échec ou semi échec du moment qu’elle s’est soldée par l’élimination de six éléments d’El Qaeda, mais n’a pas atteint son objectif à savoir la libération de l’otage.
Jean-Louis Bruguière : Cette intervention de la France aux côtés des forces mauritaniennes s’inscrit dans le cadre d’une opération conjointe réclamée par Nouakchott pour contrer une opération de grande envergure que l’AQMI s’apprêtait à lancer en Mauritanie partir du Mali. La France a toujours été aux avants poste de la lutte contre le terrorisme, dans les années 80 contre les organisations palestiniennes qui avaient ciblé nos intérêts au Liban et perpétré des attentats en France ainsi que contre l’organisation « Action Directe » alors liée aux Brigades Rouges italiennes et à Fraction Armée Rouge Allemande. Après la chute du communisme notre pays a été confronté à l’activisme des réseaux islamistes, notamment le GIA algérien. Nous n’avons cessé depuis 1993 de lutter contre le GIA, le GSPC et aujourd’hui l’AQMI .Nous avons toujours été au côté du peuple algérien et de ses dirigeants dans cette lutte dont l’Algérie a payé un si lourd tribut. La zone sahélo-saharienne est stratégiquement importante pour la France. Nous nous devons –plus peut être que d’autre- de soutenir l’action des gouvernements de la région dans leur lutte contre l’AQMI qui menace la stabilité de cette zone et notre pays également. L’intervention de la France s’inscrivait dans cette logique, celle du soutien à une opération militaire décidée par la Mauritanie. Ce n’est pas un échec. Si notre otage avait été sur les lieux, il aurait pu être libéré. Ces groupes sont très mobiles et il est difficile d’avoir une information fiable à une date précise. Si les autorités françaises ont fait part de leur inquiétude sur les sort de Michel Germaneau, c’est parce qu’elles disposaient d’informations alarmistes sur la position radicale du groupe qui le détenait, laissant peu de marge à tentative de dialogue, y compris sur un plan strictement humanitaire.
Question : Vous êtes connus en tant que magistrat qui a combattu les groupes terroristes en particulier, le GSPC qui s’est transformé en AQMI. Pour quoi la France est-elle la cible principale de ce groupe ?
JLB : La France est la cible du GIA, du GSPC et aujourd’hui de l’AQMI depuis 1993. Plusieurs de nos ressortissants ont été assassinés en Algérie par ce groupe salafiste radical prônant la même idéologie et la même stratégie qu’Al Qaida. C’est le GIA de Zitouni qui a détourné l’Airbus d’Air France assurant la liaison Alger- Paris en décembre 1994 et qui est responsable de la campagne d’attentats en France à l’été et l’automne1995.J’ai été en charge de presque tous les dossiers concernant cette mouvance et nous avons arrêté et fait condamné un très grand nombre d’activistes. Avant de quitter mes fonctions en 2007, j’ai instruit le volet Rachid Ramda que les britanniques ont consenti à extrader après les attentats de Londres. Ila été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Nous avons toujours soutenu les autorités algériennes dans leur lutte contre le terrorisme et j’ai personnellement eu de très bonnes relations avec les services de sécurité algérienne, comme nos propres services. Notre dispositif judiciaire qui a fonctionné en étroite relation avec nos services, en particulier la DST, nous a permis de déjouer de nombreuses tentatives d’attentats sur notre sol, en particulier au cours des dernières années. Les personnes interpellées étaient liées à l’AQMI. Les services de sécurité et l’armée algérienne continuent avec efficacité à lutter contre les cellules de l’AQMI opérant en Algérie, poussant nombre de leurs activistes à fuir dans la zone Sahélo saharienne où elles se sont regroupées dans deux katibas. C’est l’une d’entre elles qui est responsable de l’enlèvement et de l’assassinat de Michel Germaneau. Ces groupes qui n’ont d’autres stratégies que de semer la terreur au nom du Jihad armé doivent être résolument combattus. Les éliminer est la seule option, car ils sont résolument inaccessibles au dialogue. L’AQMI, né de l’allégeance du GSPC à Al Qaida, a pour objectif de déstabiliser le Maghreb et les pays du Sahel. Il est impératif que les pays concernés s’unissent pour renforcer leur capacité de lutte contre ces réseaux. L’initiative de Tamanrasset a précisément pour objectif de mieux coordonner l’action des pays de la région. La coopération internationale est cruciale dans ce domaine. La France est plus que jamais mobilisée dans la lutte contre le terrorisme, en particulier contre les réseaux de l’AQMI.
Question : Le président Sarkozy a déclaré que « l’assassinat de Germaneau ne resterait pas impunie ». Pouvez nous faire un commentaire sur cette déclaration ? Est-ce à votre avis une guerre ouverte entre la France et les groupes terroristes ?
JLB : Le Président Sarkozy n’a fait que rappeler la position de la France face à la menace terroriste .ll ‘y a pas d’oubli pour ceux qui sèment la terreur en assassinant des innocents. Les autorités françaises n’ont jamais fermé les dossiers sur les crimes terroristes. Le crime commis contre Michel Germaneau ne restera pas impuni. C’est le message du Président français. Et la France sera aux côtés des pays qui luttent contre les katibas de l’AQMI, y compris par une coopération militaire, si elle est sollicitée.
Question : On pense que l’engagement de la France dans une guerre contre El Qaeda au Maghreb Islamique dans un pays étranger, comme c’était le cas en Mauritanie, pourrait l’exposer à des attaques sur son territoire et contre ses intérêts à l’étranger, qu’en pensez-vous ?
JLB : L’AQMI a déclaré la guerre sainte ( le Jihad) contre la France comme ses prédécesseurs. La France se doit de combattre ces réseaux par tous le moyens mis à sa disposition (judiciaire, renseignement, militaire), y compris à l’étranger, dans le cadre des accords de coopération. Je considère que ces réseaux doivent être éradiqués. Ils sont déjà beaucoup moins actifs en Algérie, grâce aux opérations militaires conduites par l’ANP et les services de sécurité algériens. Je ne pense pas que l’action de la France dans le Sahel augmente sensiblement le niveau de la menace qui est déjà très élevée .Les autorités françaises en sont conscientes et mobilisées.
Question : Pensez-vous que l’échec de la tentative de libérer l’otage ensuite son assassinat auront une incidence sur l’avenir politique de Sarkozy qui préparent des échéances électorales déterminantes ?
JLB : L’intervention de la France au Sahel et l’assassinat odieux de notre ressortissant n’aura aucune incidence sur les échéances électorales de 2012. Il existe en France un consensus sur la nécessaire lutte contre le terrorisme. Les français sont solidaires dans l’épreuve et soutiennent leurs dirigeants.
El-khabar








