| Jeux dangereux |
| Soumis par renovateur le Lun, 06/04/2009 - 10:30 |
Où va La « rectification » aujourd’hui applaudie par bon nombre de Mauritaniens, comme le furent naguère le 10 juillet 78, le 12/12 et le 3 août est pourtant loin d’être une rupture ! Ce sont les mêmes hommes politiques qui continuent à graviter, à soutenir ce changement dont ils n’espèrent que la continuité des prébendes mal acquises, établies sur une guerre sans merci livrée à ceux qui ont choisi, pour une raison ou pour une autre, de s’opposer au nouveau-ancien pouvoir. Disons que comme ceux qui ont voté, lors de l'élection présidentielle de mars 2007, pour le candidat Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ceux qui s’apprête à (con)sacrer le règne « démocratique » du Général Aziz, après avoir légitimé son coup de force, qualifié par euphémisme de « rectification », ne se font aucune illusion sur la nature du changement attendu : qu’on le dise ou non, qu’on l’accepte ou pas, le Général Ould Abdel Aziz, qui vient de reconnaître devant les populations du Hodh qu’il était le « gardien du temple », le protecteur du Système Taya, reprend le pouvoir là où ce dernier l’a laissé, un certain 3 août 2005. La présidence de Sidioca n’était qu’une parenthèse nécessaire à la préparation du « Grand retour ». A voir le carnaval de ses tournées de pré-campagne, les hommes politiques qui l’entourent, la négation de l’opposition, réduite à « cinq personnes de déçus de l’ancien système ayant perdu leurs privilèges », les promesses de lendemains meilleurs, avec le refrain de la suffisance économique et financière du pays, on retrouve exactement la même situation où Ould Taya a laissé le pays ! Une réalité que conforte le fait que l’ancienne opposition est en train de se restructurer autour de Messaoud Ould Boulkheïr (APP), Mohamed Ould Maouloud (UFP), Jemil Mansour (Tawassoul) et Ahmed Ould Daddah (RFD) que les transfuges du défunt PRDS – PRDR tiennent à maintenir, malgré lui, dans la sphère d’un HCE qui lui a joué le même mauvais tour qu’au président Sidi. Finalement, c’est vraiment à la situation de malaise politique vécue dans les dernières années du règne de Ould Taya que nous assistons. Le général Aziz reconnaît à ceux qui refusent son OPA sur le pouvoir le droit de s’opposer mais pas celui de manifester ! Il accuse ceux qui refusent sa « rectification » d’être des empêcheurs de tourner en rond, de détournements et de gabegie et feint d’ignorer que des éléments-clés du système qu’il pourfende aujourd’hui sont dans ses écuries ! Il appelle les populations à se prendre en charge, à élire qui elles veulent, en fonction de leurs intérêts propres, alors qu’il n’a pas attendu leur verdict pour mettre un terme au mandat de Sidioca ! Il feint d’ignorer l’avis et le soutien de la communauté internationale alors que dans les coulisses tout est fait pour que celle-ci reviennent à de meilleurs sentiments. Mais le pire se trouve ailleurs. Dans cette volonté d’imposer à une partie des Mauritaniens, si peu nombreux soient-ils, une présidentielle qui se déroulera sur fond de crise risquant même de provoquer des troubles comme ceux vécus dans d’autres pays. Même chez des gens paisibles comme les Mauritaniens, à trop tirer sur la corde, elle risque de casser. Les dernières menaces de Messaoud Ould Boulkheir appelant à s’opposer à l’agenda de la junte au pouvoir ne doivent pas être considérées comme de vains mots. Occupé par la campagne devant aboutir à sa propre élection, le Général perd de vue que l’essentiel n’est pas dans la légitimation de sa prise de pouvoir mais dans la gestion de l’après 6 juin 2009. Une date qui est déjà vue dans les deux camps (Pouvoir et Opposition), mais pour des raisons diverses, comme la continuité d'un système établi, un certain 12/12/84, par Ould Taya et bien ancré, depuis, dans les mœurs politiques mauritaniennes ! Parce qu’une bonne partie des alliances qui ont conduit à la victoire à Ayant choisi de soutenir par calcul le Général les « Indépendants » restructurés aujourd’hui en deux partis politiques voudront pousser Ould Abdel Aziz à répartir le pouvoir en fonction d'un rapport de force interne pas si évident que ça. Soumis à la pression de ses encombrants alliés, mais aussi à celle de cercles familiaux, le Général a déjà du mal à répondre à l'une de ses promesses de rédempteur : l'homme qu'il faut à la place qu'il faut. A force de vouloir ménager tout le monde, il verse dans l'à-peu-près politique, acceptant que certains de ses « conseillers » distribuent les postes en fonction de ce qu’ils croient être utile pour l’assise du pouvoir. C’est ce qui justifie que les Conseils des ministres sont devenus un véritable supplice pour les responsables en poste et les moments d’espoir pour ceux qui attendent dans l’antichambre du pouvoir. Si du point de vue politique, la « rectification » n’est pas loin du fiasco, les questions économiques sont, elles aussi, objet de plusieurs interrogations. Là aussi, question d’entendement, les avis sont partagés. D’aucuns considèrent que le pouvoir n’a aucun mérite à faire valoir, lui qui n’a fait que rafistoler des dossiers déjà entamés par le président Sidi. La diminution des prix, rattrapée d’ailleurs aujourd’hui par le retour de la crise, n’a été qu’une « récupération » du PSI (Programme spécial d’intervention). Le retour des réfugiés devait, nécessairement, s’achever en apothéose par le règlement du passif humanitaire. Sur ce point précis, les mauvaises langues disent même que la volonté de faire de cette question un bon point électoral justifie les ratés d’une réconciliation dénoncée aujourd’hui par plusieurs organisations de défense des droits des victimes de la répression des années de braise. Enfin, la lutte contre la gabegie, principal fonds de commerce du Général, commence à lasser puisque, à part l’arrestation de quelques opposants, les effets attendus relèvent encore du domaine de la parole. Le Général n’a-t-il pas dit que le « phénomène gangrène le pays depuis son indépendance ? N’a-t-il pas évoqué, lors de la visite d’Akjoujt que 400 millions de dollars se sont volatilisés durant le passage du colonel Ely Ould Mohamed Vall ? Ne continue-t-il pas à menacer, depuis Aïoun et Néma, ceux qui empêchent les pauvres de sortir de leur pauvreté ? Alors qu’est-ce qui l’empêche vraiment à y aller carrément, sans tenir compte de l’appartenance politique des responsables incriminés ? C’est à ce prix seulement qu’on commencera, peut-être, à croire qu’il ne s’agit pas d’un simple jeu pour la conservation du pouvoir. A moins que le Général ne soit déjà l’otage d’un système qui a fait les beaux jours du PRDS de Ould Taya. Amadou Diaara » Retour |









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