Dans une note adressée au Premier ministre Ould Mohamed Laghdaf, l’ancien ministre délégué à l'environnement, Idriss Diarra, lui demandait de soumettre les services gouvernementaux à l’obligation de résoudre dans les meilleurs délais les problèmes auxquels sont confrontés les inspecteurs chargés du contrôle environnemental.
Le document a été transmis quelques jours avant son limogeage, lors du dernier remaniement ministériel. Les données et rapports produits par le département de l’environnement démontrent que le contrôle environnemental en Mauritanie se trouve dans un état de paralysie du fait des insuffisances structurelles, juridiques et humaines de l’institution de tutelle, à savoir le ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de l'environnement.
Insuffisances à l’origine des dysfonctionnements actuels, qui font que la Mauritanie est encore à la traine au sujet de la gestion de l’environnement, volet toujours sciemment ignoré des promoteurs industriels, miniers et pétroliers, ce qui expose le pays à toutes sortes de catastrophes et lui vaut la position peu enviable de figurer parmi les 3 derniers pays au classement mondial en matière d’environnement (Doing Business).
Le département de l’environnement, qui fut Secrétariat d’Etat avant de devenir ministère délégué – toujours auprès du premier ministre – a été créé en 2006, afin de le rendre indépendant des secteurs de l’industrie et des mines d’une part et de l’autre de l’énergie et du pétrole, ceci afin d’éviter tout conflit de compétences et d’intérêts.
Cette recommandation émane de la consultation d’un bureau d’étude canadien, à la suite du fameux scandale des avenants de Woodside. Malgré cette démarche louable en soi, à savoir la création d’un département ministériel en charge de l’environnement, les carences sont telles que ce dernier se trouve dans l’incapacité de mener à bien les missions qui lui sont confiées.
Les déséquilibres structurels
Les substances toxiques et dangereuses ont la voie libre pour s’infiltrer dans le sol, l’eau et l’air, en raison de l'incapacité du ministère à mener à bien la rude tâche de contrôle environnemental qui leur est dévolue (déchets de MCM dans le désert d’Akjoujt). Surtout si l’on sait que la première grosse bourde sur le plan structurel commise par le gouvernement, c’est d’abord la configuration structurelle de l’administration centrale de l’environnement, qui a hérité du cadre personnel chargé de ce volet au sein de l’ancien MDRE (qui, amputé du département de l’environnement, devient MDR).
Or, ceux qui étaient en charge de l’environnement au sein du développement agricole, c’était surtout la brigade des eaux et forêts ("Ehl Essdar" en langue vernaculaire). Déjà peu formés en matière de protection de la faune et de la flore des risques environnement qui les guette – autres que le facteur humain : braconnage et déforestation (charbon) – ils étaient peu outillés pour mener à bien leur mission initiale au sein de l’ex-MDRE.
De là à les parachuter au sein du ministère de l’environnement et leur confier le volet environnement des secteurs industriels, pétroliers, miniers dénote de l’ignorance des conséquences programmatiques d’une telle démarche "en haut lieu", au sein des experts-conseils du gouvernement, à l’origine de tels bidouillages.
Une anecdote suffit à illustrer le niveau zéro de prise de conscience des dangers des activités minières, pétrolières et industrielles chez ces anciennes brigades des eaux et forêts, parachutées, sans transition vers les 3 Wilayas minières (Inchiri, Nouadhibou et Tiris Zemmour) : certains d’entre eux n’hésitent pas à demander aux sociétés de leur donner des fûts ayant contenu des substances toxiques, tels que le cyanure, pour des usages domestiques.
Le ministère se trouve dans une situation de manque criant des moyens et matériels techniques requis (outils de mesures, laboratoires, matériels et équipement de pointe pour les tests, analyses et diagnostics), susceptibles de faire ressortir toute infraction au Code de l’environnement. Si bien que les équipes du ministère se trouvent dans la nécessité de "mendier" de tels services aux sociétés qu’ils sont censés contrôler. Quel criminel se résoudrait à prêter main à la police afin de mettre la main sur le coupable… qui n’est autre que lui-même ? Pathétique et risible.
En outre, le département ne dispose pas des moyens financiers permettant d’effectuer les visites d’inspection. En dépit du fait que les contrôles sur le terrain concernent de vastes territoires, éloignés les uns des autres, dans tous les coins du pays, le budget de ce mini ministère ne dépasse pas les 200 millions d’ouguiya, dont 8 millions seulement (par an !) sont affectés à la direction du contrôle environnemental.
Selon les experts, un tel budget ne suffit même pas à effectuer une seule étude ponctuelle d’impact environnemental au sujet d’un seul projet concernant une activité industrielle, minière ou pétrolière sur autorisation d’un des deux ministères concernés (Industrie et Mines ; Pétrole et énergie).
Autre problème majeur, et qui constitue un obstacle à l’accomplissement de la mission de contrôle environnemental, dévolue au ministère délégué auprès du premier ministre. Le manque de coordination, le chevauchement entre une multitude de structures diverses ayant en charge un volet précis de l’environnement.
Si bien qu’il est évident que les ministères des mines et du pétrole s’emploient à dépouiller le ministère de l’environnement pour s’en adjuger les compétences, à travers la création de directions chargées de la protection de l’environnement.
Alors que, justement, c’est pour éviter un tel conflit de compétences qu’un tel département a été créé, afin d’émettre un avis indépendant sur les activités dont les deux ministères (mines et pétrole) ont la charge. Ces deux derniers ayant tendance à donner quitus à leurs "partenaires". D’où la nécessité de créer une structure de contrôle indépendante et crédible, jouant le rôle de gendarme de l’environnement.
Dans une lettre datée de fin 2006, adressée au secrétaire général du ministère de la justice, le directeur de cabinet du ministre délégué à l’environnement, demande à ce que les inspecteurs de l’environnement soient soumis à la procédure du serment. Ce qui, à ce jour, n’est pas le cas. A suivre.
Yahya Ould Hamoud








