Le spectacle continue, la crise perdure. La Majorité conduite par l’Union pour la République (UPR) continue à crier, à qui veut l’entendre, que « tout est bien dans le meilleur des mondes possibles » alors que, de l’autre côté de la muraille, l’opposition, regroupée au sein de la COD (Coordination de l’Opposition Démocratique), l’on peine à enclencher une nouvelle dynamique du dialogue en se référant au fameux Accord de Dakar !
Sans refuser le principe du dialogue, la Coalition des Partis de la Majorité (CPM) veut fixer, elle-même, les règles du nouveau jeu politique. Elle voudrait, avant toute chose, que les adversaires de Mohamed à la dernière présidentielle reconnaissent d’abord leur défaite. Il lui plairait aussi que la COD accepte que le gouvernement mis en place il y a presque dix mois a réalisé de grands projets, ce qui sera un désaveu pour tous les opposants qui, dans un passé récent, n’ont pas tari de critiques acerbes à l’encontre du président Ould Abdel Aziz accusé de manquer de programme de gouvernance et de naviguer à vue.
La majorité taxe cette opposition-là d’irresponsabilité et de folie du pouvoir. Elle va même jusqu’à parler « d’égarés » et de « résidus » d’une opposition nostalgique d’un retour en arrière, synonyme de confrontations sans fin avec le pouvoir et de menace pour la démocratie enfin retrouvée !
C’est donc à un véritable dialogue de sourds, dans la pure lignée des Etats Généraux de la Démocratie de 2009 et de la Bipolarité ressuscitée après le coup d’Etat du 6 août 2008 que l’on assiste aujourd’hui.
En refusant de s’asseoir autour d’une même table avec la majorité, sans avoir fixé au préalable son sujet et son objet, l’on craint, dans le camp de l’opposition démocratique qu’une fois encore, tout ne soit fait, par le pouvoir et ses soutiens, pour « valider » le package de mesures de tout ordre qui ont été prises par le gouvernement et auxquelles la COD ne veut pas apporter sa caution politique et morale. Une « résistance » intérieure qui risque, une fois encore, de fausser les calculs d’un pouvoir désireux de faire oublier ses origines putschistes.
Ainsi, les stratèges du système Aziz pensent au meilleur moyen de relancer la machine. Parmi les subterfuges, l’opposition cite l’entretien de la flamme autour de la lutte contre la gabegie, qui, soit dit en passant, a sérieusement pris du plomb dans l’aile depuis qu’on entend plus parler de ce thème à cause du retour dans le giron du pouvoir d’une partie de ceux qui l’ont le plus symbolisé du temps de la dictature de Taya. La symbolique est tout de même maintenue avec le limogeage, de temps en temps, de hauts responsables lors de la tenue hebdomadaire du Conseil des ministres.
C’est comme si l’euphorie des premiers moments commence à baisser, même s’il faut reconnaître que le président Mohamed Ould Abdel Aziz, en ancien général, maîtrise bien le terrain conquis. Comme au tout début de la crise consécutive au coup d’Etat du 6 août 2008, la donne essentielle du bras de fer opposant le nouveau pouvoir à l’opposition démocratique reste donc la position de la communauté internationale, notamment celle de l’Union européenne qui, tout en annonçant la reprise de la coopération avec la Mauritanie, est loin d’avoir atteint sa vitesse de croisière d’il y a deux ans, quand le Groupe Consultatif de Paris sur la Mauritanie avait délier la bourse. Bruxelles nous fixera à ce sujet dans moins d’un mois !
C’est donc au retour au contexte favorable de 2007, à Paris, que la Majorité cherche, désespérément, à revenir. Mais l’on ne peut présager de la manière adopter actuellement pour que la communauté internationale qui avait accepté de venir en aide à notre pays, alors à la recherche de 387,8 milliards UM nécessaires pour boucler les besoins de financement globaux du PIP (programme d’investissements publics) qui s’élèvent à 817,6 milliards UM, sur trois ans. C’est dire que l’essentiel de la gouvernance du pouvoir actuel tient encore au retour des investissements, eux-mêmes liés à la pacification des rapports avec l’opposition.
Pour l’instant, les engagements du FMI (100 d’USD sur trois ans), de la Banque mondiale (16 millions d’USD) et de l’Union européenne (non encore chiffrés avec précision) ne sont pas de nature à redonner l’espoir aux Mauritaniens, qu’ils soient pro ou anti Aziz.
Le pari à gagner, avant la fin de la première année du quinquennat du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, est de re-présenter la Mauritanie, comme en 2006 où elle avait bénéficié de l’annulation de la quasi-totalité de sa dette, en pays renouvelé, résolument engagé sur la voie démocratique, réconcilié avec lui-même, disposant de ressources additionnelles et libéré des pesanteurs de toute crise politique.
C’est loin d’être un pari gagné pour le nouveau pouvoir qui a placé la barre très - trop – haut.
Malgré les petites avancées sur le terrain de la lutte contre la gabegie, par le rapprochement des services de bases des populations et les sanctions infligées par à-coups aux fauteurs, la situation globale du pays demeure fragile et les atouts précités recèlent en eux des risques et défis importants : Les ressources pétrolières s’avèrent moins importantes que prévu, l’annulation de la dette multilatérale s’est traduite par une contraction sans précédent des enveloppes concessionnelles disponibles pour le financement du développement et l’espoir né de la « réussite » démocratique se trouve maintenant confronté à la dure réalité de la pénurie de ressources et à une attente populaire de plus en plus forte.
Pour toutes ces raisons et plus que par le passé, la Mauritanie a besoin de l’accompagnement de ses partenaires au développement durant cette phase critique de passage à une démocratie véritable et d’éradication de toutes les séquelles du passé afin d’éviter, d’une part, que l’acquis démocratique, ne soit remise en cause sous la pression du quotidien et, d’autre part, que des recettes pétrolières encore fluctuantes ne se substituent, dans l’esprit des Partenaires Techniques et Financiers (PTF), aux ressources de l’APD dont le pays a encore besoin pour consolider sa stabilité macroéconomique et financer sa stratégie de développement qui vise à atteindre les OMD, à favoriser une croissance durable et équitable et à créer un climat attractif pour les investissements.
Un éventuel durcissement des positions de l’opposition démocratique risque d’aller dans le sens non désiré par le pouvoir : Une probable restriction de l’aide remettrait en cause tous les efforts du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui, après avoir réussi à vendre sa «rectification», cherche maintenant à soigner sa nouvelle image de « président des pauvres ». Et là, la faute reviendrait à tous ceux qui ont conseillé à Ould Abdel Aziz de choisir la manière forte. Une erreur « d’aiguillage » qui risque de coûter cher à un pouvoir qui n’a jamais connu une minute de répit depuis qu’il a renversé le régime honni du dictateur Taya.
Amadou Diaara








