| Et si la Mauritanie était malade de ses hommes politiques ! |
| Soumis par renovateur le Ven, 15/05/2009 - 10:06 |
La tension monte chaque jour de plusieurs degrés, à mesure que le scrutin du 6 juin 2009 approche. Les hommes politiques des deux bords, Majorité et Opposition, occupent le terrain, l’espace médiatique intérieur et extérieur, étouffant la voix des sans voix au nom desquels, pourtant, une lutte acharnée pour le pouvoir est en train d’être livrée. Face à cette crise alimentée depuis plus d’une année par les diatribes des hommes politiques mauritaniens, une évidence s’impose de plus en plus : La Mauritanie est malade de ses hommes politiques.
Depuis l’avènement de la « démocratie » de Ould Taya, entamée par des élections municipales en 1986, bien avant le « décret » mitterrandien de La Baule, en 1991, la Mauritanie a été soumise aux caprices de ses hommes politiques, opposants d’un jour, thuriféraires du régime en place, jusqu’au moment où leurs intérêts sont menacés par la chute de ce même pouvoir ou la cooptation d’un adversaire politique sur le plan régional ou tribal. Un seul point commun entre les différentes majorités de Taya, Sidioca et Aziz et leurs oppositions : tout est question d’intérêts, non de principes.
Il suffit pour s’en convaincre de revivre dans les mémoires la débandade qui a suivi la chute de Ould Taya. Jusqu’à la veille du 3 août 2005, Maaouiya était encore une sorte de divinité vivante pour la plupart de ceux qui le vouent aujourd’hui aux gémonies alors qu’ils constituaient la force de frappe de son parti-Etat. Ils ont simplement répondu à une devise chère aux loyalistes : « le roi est mort, vive le roi !» Ceux qui gesticulent au nom de la démocratie, qui mettent en avant les intérêts de la Mauritanie, la sauvegarde de la patrie et l’unité nationale, ne voient pas plus loin que l’immédiate nécessité de se mettre à l’abri des aléas d’une situation politique instable. C’est ce qui vient d’être prouvé – approuvé – par la création, presque en même temps, de deux nouveaux partis issus des rangs « indépendants » de la Majorité.
Une cohorte d’hommes politiques, mélange sulfureux d’anciens et de nouveaux, qui viennent de renoncer un label « indépendant », jamais prouvé dans les faits, pour être embrigadés à nouveau dans un parti-Etat qui n’a fait que changer de nom (UPR à la place de PRDS). Individuellement ou collectivement, les hommes politiques qui dirigent ce parti resteront attachés à la personne du Général Mohamed Ould Abdel Aziz. Tant qu’il parviendra à ce maintenir au pouvoir. Le soutien individuel à l’homme fort du moment est intrinsèquement lié aux privilèges généralement accordés aux hommes politiques qui gravitent autour du pouvoir.
Ils sont là pour quelque chose, « en situation » de soutien permanent, comme dirait Sartre, tant que durera l’attention particulière que le pouvoir accorde aux « rabatteurs » politiques, des masses, aux corrupteurs des consciences populaires, aux professionnels de l’hypocrisie politique. Au nom de la démocratie, et de tout ce qu’elle engendre comme jeu et enjeux calqués sur un Occident, de plus en plus embourbés dans ses propres problèmes, les hommes politiques contribuent, cyniquement, à écraser la Plèbe mais surtout à la mettre au centre d’une vente aux enchères qui peut rapporter gros. Tant que la confrontation directe n’est pas envisagée.
Et c’est là, justement, que se situent les craintes actuelles des Mauritaniens ! Les intérêts divergents d’hommes politiques ayant appartenus, pour la plupart, à tous les pouvoirs en Mauritanie font craindre le risque d’une déflagration, si pouvoir et opposition n’arrivent pas à se ressaisir. L’intérêt général qu’ils évoquent pour justifier leurs positions contradictoires doit les pousser à sortir du cadre strict de leur vision restrictive de l’avenir politique de la Mauritanie. Si la responsabilité du pouvoir dans l’évolution négative de la crise actuelle est fortement établie, celle de l’opposition n’est pas moindre. Au refus de dialoguer du pouvoir, le FNDD a opposé, dans un premier temps, une mollesse qui passait, aux yeux de certains, pour de la lâcheté. Les marches de protestation, les meetings à quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, ne peuvent empêcher l’engrenage politique dans lequel le pays s’est fourvoyé.
L’opposition actuelle, opposition d’hier, ne semble pas avoir tiré les leçons de l’histoire. Ne dit-on pas que « celui qui a été mordu par un serpent doit avoir peur des cordes » (illi adhou lehnech yakhel ou leh bel) ? Et là, on s’adresse directement à Ahmed Ould Daddah qui n’a pas hésité à « coopérer » avec les militaires putschistes de 2005 qui ont remis le coup en 2008. Certains reproche au président du RFD, chef de file de l’opposition démocratique, d’avoir pensé seulement à sa personne, en imaginant des élections anticipée (avant 2012) où il avait une réelle chance d’être, enfin, à la Présidence. D’autres saisissent l’opportunité de la crise actuelle pour revenir sur la « trahison » de Messaoud qui a permis à Ould Abdel Aziz de faire passer au second tour son candidat. Tawassoul de Jemil Ould Mansour et l’UFP ne sont pas épargnés par ce vent de critique. On leur reproche d’avoir accepter de quitter l’opposition pour élargir une majorité avec laquelle ils prouvent aujourd’hui qu’ils n’avaient rien à partager.
Tout cela pour dire que les hommes politiques mauritaniens ont une grande part de responsabilité dans la crise actuelle. Sidioca et Aziz, Ely et Taya, n’ont été, en fait, que les instruments de l’exécution de leurs politiques fortement empreintes de relents négationnistes et d’exclusivisme, choses incompatibles avec les vertus démocratiques mises en avant par les uns et les autres.
Amadou Diarra
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