Mutilations Génitales Féminines La balle est désormais dans le camp des parlementaires

La Mauritanie est aujourd’hui, dans le domaine de la lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF), un phare en Afrique. Tel est le constat qui a été fait à l’atelier parlementaire national sur "les Mutilations Génitales Féminines" qui s’est ouvert hier, à Nouakchott, à l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Ces journées de réflexion regroupant des parlementaires, des membres du pouvoir judiciaire, des ministères concernés et de la société civile mauritanienne ont été soutenues par la Coopération Italienne, l’Unicef, l’Unfpa et l’Unops.
La promotion de l’abandon des Mutilations Génitales Féminines (MGF) s’accentue de plus en plus. En effet, quelques semaines après la proclamation d’une fatwa prenant le contrepied de ceux qui voudraient "normaliser" cette pratique qui engendre des taux de mortalité très importante, les élus du peuple mauritanien, à travers le Réseau des parlementaires Populations et Développement en collaboration avec l’association mauritanienne sur les pratiques ayant effet sur la santé des femmes et des enfants (AMPSFE) et No Peace Without Justice, se mobilisent pour accentuer la sensibilisation, prélude à la promulgation d’une loi interdisant les Mutilations Génitales Féminines (MGF).

Accentuer la sensibilisation

Aux yeux des participants à ces journées de réflexion, il faut accentuer davantage la sensibilisation pour pouvoir venir à bout de la pratique des Mutilations Génitales Féminines (MGF) dont le taux de prévalence varie entre 80 et 70%. Un chiffre qui n’a pas manqué d’effarer les participants. Il s’agit, comme l’a expliqué l’un d’entre eux, de ne plus tolérer que des milliers de jeunes filles soient mutilées sous le regard complice et sans réaction de la communauté nationale voire internationale.
D’ailleurs, les différentes communications présentées par des experts de cette question ont fait ressortir la gravité que constituent aujourd’hui les Mutilations Génitales Féminines (MGF) pour l’intégrité physique et la santé de la femme et de la fille.
Promouvoir l’abandon des Mutilations Génitales Féminines (MGF), aux yeux de bon nombre de participants à ces journées de réflexion, suppose inévitablement et nécessairement une bonne campagne de communication et d’information. Aujourd’hui, depuis le 12 janvier dernier, date à laquelle une fatwa contre cette pratique a été prononcée, il semble y avoir un "mouvement de fond", comme l’a dit Cheikh Saad Bouh Kamara, pour appuyer les Organisations de la Société Civile agissant dans ce domaine.
Hier encore, en marge de ces journées de réflexion, les oulémas ont répercuté, à nouveau, l’idée selon laquelle les Mutilations Génitales Féminines (MGF) sont contraires à la chariaa islamique. Après la fatwa du 12 janvier qui semble avoir déclenché une dynamique, la balle est désormais dans le camp des parlementaires. Et les organisations de la société civile qui luttent contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF) ont promis de les appuyer dans l’élaboration d’une loi pénalisant cette pratique qu’elles ont déclaré non grata en Mauritanie du fait de sa nocivité.

S’inspirer de ce qui se passe ailleurs

De nombreux pays comme la Côte d’Ivoire et l’Ethiopie ont inclus la lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF) dans leurs législations nationales. Et pour les participants, l’adoption d’une législation nationale, en s’inspirant de ce qui se passe ailleurs, reste l’élément essentiel pour accélérer le processus portant à l’abandon et à l’élimination des Mutilations Génitales Féminines (MGF) en Mauritanie.
L’engagement des pouvoirs publics au sujet des Mutilations Génitales Féminines qui s’est traduit par la promulgation de dispositions législatives, l’élaboration d’une stratégie de lutte entre autres actions d’envergure, ne fait plus l’ombre d’un doute. D’ailleurs, tous les participants se sont accordés à reconnaitre cet état de fait. Maintenant, à travers ces journées de réflexion, ils escomptent que "l’accent soit mis sur toutes les dispositions que la loi doit prévoir pour qu’une fois adoptée son application soit assuré".
Les participants ont toutefois regretté l’absence de coordination entre les différentes organisations nationales non-gouvernementales (ONGs) de la société civile agissant dans le domaine de la promotion de l’abandon des Mutilations Génitales Féminines (MGF). A côté de cela, il faut noter également l’impunité et la faiblesse dans la vulgarisation des droits humains. Cependant, ils ont suggéré d’accentuer la lutte pour rabaisser le taux de prévalence de cette pratique.
Il est indéniable qu’aujourd’hui, un pas a été franchi. Le tabou a été transcendé. Dans ce même ordre d’idées, les participants ont même préconisé l’intégration des droits humains dans les programmes scolaires au sein desquels les Mutilations Génitales Féminines (MGF) seront enseignées et la mise en place de mesures d’accompagnement.
A l’issue de ces journées de réflexion, un document final sera adopté et servira d’esquisse d’une loi spécifique aux Mutilations Génitales Féminines (MGF).

Babacar Baye NDIAYE



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