| M’Baré président : Une transition haute en couleur |
| Soumis par renovateur le Jeu, 16/04/2009 - 17:50 |
Au nom de la Constitution – ou de la volonté du général Mohamed Ould Abdel Aziz – le président du Sénat mauritanien, Bâ Mamadou dit M’Baré, assure, à partir d’aujourd’hui, l’intérim à la présidence de la République. Jusqu’ ’à l’élection d’un nouveau locataire pour le Palais brun, le président c’est lui ! C’est donc une présidence intérimaire qui met un terme à toutes les supputations du genre, certains Mauritaniens qui ont jusque-là refusé l’idée qu’un Noir puisse présider à leur destinée, même symboliquement et de manière tout à fait passagère, accepteront-ils que la « loi » non écrite soit transgressée ? Ould Abdel Aziz démissionne-t-il vraiment, ou fait-il seulement comme si ? Quel sens donné à ce respect de la Constitution qui s’accomplit en dehors d’un cadre normal de vraie vacance du pouvoir ? Cette présidence « symbolique » occupera sans doute les Mauritaniens durant les deux mois qui nous séparent de l’élection présidentielle du 6 août. Une présidence que d’aucuns assimilent déjà à une sorte de « repos du guerrier » pour un homme qui est passé de l’opposition au coup d’Etat à son soutien. Sans explications ! On se rappelle que le président du Sénat avait été menacé, au même titre que l’ex-Première Dame, Khattou Mint El Boukhary, de passer devant une commission d’enquête du Sénat pour sa gestion des affaires de la Haute chambre du Parlement. Lui qui n’a jamais dénoncé ouvertement le putsch du 6 août 2008, a fini par plier à la volonté des militaires en décidant de reprendre sa place au perchoir du Sénat et d’en présider les séances. Une soumission à l’Ordre nouveau qui lui a valu un blanc-seing de la part de la Commission qui devait, s’il ne s’agissait pas tout simplement d’un moyen de pression efficace, passer au crible fin les documents comptables du Sénat. Le passage de témoin jusqu’à l’élection d’un nouveau président arrange sans aucun doute les affaires du Général Mohamed Ould Abdel Aziz. Celui qui est devenu, en principe, un simple citoyen postulant à la présidence de la République, a-t-il tout arrangé pour s’assurer un retour sans heurts au Palais qu’il a occupé de force huit mois durant ? Il est difficile de convaincre l’opinion publique nationale et internationale de cette volonté de revenir à la normalité. Comment expliquer le maintien – jusqu’à quand ? – du HCE (Haut Conseil d’Etat), confié au général Ould Ghazouani, l’ami de toujours de Ould Abdel Aziz ? Une sorte de flou artistique qui écorche, sérieusement, la référence du Général Aziz à la Constitution, quand il évoque la passation du pouvoir transitoire au président du Sénat et l’impossibilité de reculer la date de la présidentielle sans malmener les textes ! Tout cela pour dire que cette histoire d’élection présidentielle continue à être l’affaire d’un seul camp. C’est le général désormais candidat à la succession du président démocratiquement élu qui a provoqué cet engrenage en déposant l’homme que les Mauritaniens ont élu à 52,15%, en avril 2007. C’est lui qui s’est dressé contre toute solution de compromis, même quand l’opposition avait fini par ne plus faire du retour définitif de Sidioca une condition de dialogue, en refusant d’arrêter le processus ou d’en reculer la date. C’est son gouvernement qui a mené tout seul la révision des listes électorales et désigné, bien tardivement, une CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) qui aura du mal à convaincre qu’elle a suivi, en amont et en aval, tout le processus. Tout laisse croire que les jeux sont déjà faits. La tournée du général à l’intérieur du pays a permis à celui-ci de s’assurer que la « Mauritanie profonde » est à ses côtés pour refaire, pour son compte, le même parcours qui a conduit à l’élection de Sidioca. A l’entendre parler au cours de ses nombreux meetings, on comprend que le général est sûr de revenir et que les élections ne sont qu’une simple formalité. N’a-t-il pas dévoilé tous les contours de son programme et promis monts et merveilles comme quelqu’un qui est sûr de son fait ? Et l’opposition dans tout cela ? C’est cette question qui donne en fait toute son ampleur à la multitude de problème qui se dressent devant la présidence de M’Bâ Mbaré. Aura-t-il à apprécier le processus ou tout simplement à le constater ? Quelles seront ses relations avec le vrai pouvoir qui se situe ailleurs ? Comment le chef de file de l’opposition traitera avec le président intérimaire ? Il est évident qu’on est loin d’être sorti de l’auberge. Même avec un président (nouveau) élu, la crise politique qui a emporté Sidioca ne cessera pas. D’ailleurs, la contestation n’en sera que plus belle parce qu’on retrouvera, en plus de tous les ingrédients que Ould Taya avait laissé derrière lui, l’exacerbation de tensions avec l’entrée en scène de nouveaux acteurs politiques. Amadou Diaara » Retour |









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