Les travailleurs de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) licenciés en 1987 et 1993 courent toujours derrière leurs droits. Saïdou Mamadou Sow (voir photo) en fait parti. Depuis 1987, date de son licenciement, cet agent régulateur à la tour de contrôle de la gare du point central de la SNIM mène un combat de justice. Ce combat, il n’est pas le seul à le mener.
Cet homme devenu sénile a exercé cette fonction de 1963 à 1993. Il affirme que la SNIM a procédé à un licenciement abusif et collectif sans avancer des raisons autres que ce sont les travailleurs qui avaient formulé des demandes de mise en retraite collective. Un prétexte qui a été utilisé pour se débarrasser comme des pestiférés des ouvriers qui ont inhalé les produits toxiques des mines, des années durant, pour assurer le développement de cette grande entreprise vitale pour l’économie du pays .
La SNIM, souligne-t-il, ne les a jamais informés à ce propos. Elle ne leur a remis que des lettres individuelles en guise de licenciement. Une procédure contraire aux dispositions du Code du Travail. "On ne doit pas distribuer des lettres individuelles de licenciement aux travailleurs sans déposer préalablement la liste à l’Inspection du Travail comme prévu à l’article 20 de la loi 65-042", explique Saïdou Mamadou Sow.
Pour lui, la SNIM a agi ainsi pour pouvoir détourner les capitaux des travailleurs. Il accuse le directeur de la SNIM de cette période, M. Saleck Ould Héyine, d’être à l’origine de ce licenciement collectif et abusif. A l’époque de ces faits, Saïdou Mamadou Sow faisait parti des délégués des travailleurs.
La SNIM, pense –t-il, se serait servi de la mise en retraite des travailleurs pour pouvoir détourner leurs capitaux. Cette entreprise publique, toujours selon lui, aurait, dans ce sens, transmis de faux arguments à la Cour de justice en dehors du respect de la constitution, des conventions internationales relatives au droit du travail ratifiées par la Mauritanie et le Code du Travail.
Après ce licenciement, une médiation a été engagée entre les travailleurs et la Direction du Travail, de l’Emploi et de la Prévoyance Sociale afin que les premiers puissent réintégrer leurs postes. Cette réintégration n’aura jamais lieu. Le nombre de ces travailleurs varie entre 1.300 et 1.500 répartis entre Nouadhibou et Zouerate. S’y ajoutent en outre plus de 600 travailleurs licenciés abusivement et collectivement en 1993.
En 2002, le conseil d’arbitrage du Tribunal Régional de Nouakchott déclare que ce débauchage opéré par la SNIM à l’endroit de ses travailleurs est un acte abusif. Le conseil d’arbitrage, après avoir condamné la SNIM, a déclaré que les travailleurs ont droit à une réparation de la période restant pour chacun d’eux de l’âge de la retraite et leur droit à la pension de retraite sur la Caisse Nationale de Sécurité Sociale.
La SNIM ne respectera jamais cette décision. Aux yeux du délégué des travailleurs renvoyés, Saïdou Mamadou Sow, ceci n’est rien d’autre qu’un magouillage planifié par le directeur général de la SNIM de l’époque. La justice, révèle-t-il, serait également complice dans cette affaire et qu’il y aurait aussi de la corruption à plusieurs échelons de l’administration.
La direction de la SNIM a passé outre les procès verbaux de l’Inspection du Travail et la commission de médiation. Ce problème d’ailleurs a été porté devant la justice. Les travailleurs se disent à la fois victimes d’injustices portant sur des mutations non fondées et sur des détournements de capitaux avec à la clef une retraite anticipée sans paiement de leurs droits.
Pour lui, c’est un déni de justice. Ces procès verbaux n’ont jamais été appliqués ni exécutés. La SNIM n’a pas le droit d’envoyer un travailleur à la retraite avant l’âge de 60 ans. "C’était une complicité entre les centrales syndicales et les fédérations d’emplois pour détourner les acquis des travailleurs", dit-il en appelant la SNIM de prendre toutes ses responsabilités dans cette question. Ces ex-travailleurs de la SNIM ne sont pas encore au bout de leurs peines. Saïdou Mamadou Sow craint aujourd’hui que leurs droits sociaux et économiques ne soient pas remboursés.
Depuis 1993, ils réclament leurs droits à la SNIM. Mais, jusqu’à présent, ils n’ont jamais obtenu gain de cause. Le règlement de ce dossier tarde encore et les autorités compétentes traînent toujours les pieds. En plus, certains de ces travailleurs sont aujourd’hui décédés. Sur ce point, Saïdou Mamadou Sow éclaire : "La SNIM est obligée de régler leurs droits à leurs familles respectives. Même leurs enfants peuvent prendre leur salaire à partir de 30 ans".
Les différents directeurs qui se sont succédés à la tête de la SNIM n’ont jamais voulu tremper leurs mains dans cette affaire. Actuellement, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) est saisie par les travailleurs afin qu’elle puisse suivre cette affaire. Dans ce sens, la CNDH a d’ailleurs envoyé des missives à la direction générale de la SNIM lui demandant de les rétablir dans leurs droits économiques et sociaux.
Derrière ce licenciement collectif et abusif, il y aurait également des raisons identitaires et raciales. Ceci est contraire aux dispositions des articles 39, 40 et 41 du livre 5ième de la Loi n° 63.023 du 23 janvier 1963 du Code du Travail qui interdisent toute discrimination, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la religion, les opinions politiques ou l’origine sociale.
Babacar Baye Ndiaye
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