L’élite mauritanienne entre servitude et serviabilité

Sans verser dans un manichéisme qui classe la société en bons et en méchants il y a des faits qui autorisent souvent à attribuer de bonnes réputations à certains et de mauvaises à d’autres. La Mauritanie n’est pas un cas isolé du reste des autres nations pour laisser penser que c’est seul ici que les mauvaises pratiques font rage en matière d’injustices, d’abus de confiance, de corruption , de népotisme . Mais la différence est que chez nous tout est confus, anarchique qu’il est difficile de distinguer entre les « mauvais génies  » et les bons serviteurs. La dégradation des valeurs a atteint un seuil tel que le bien est érigé en mal, l’immoral en vertu, l’abus en bon exemple. Finalement les jugements dévalorisants faits à l’endroit des uns ont tendance à être généralisés à tout le reste du groupe, du clan, de l’élite, de la famille. Ainsi il est fréquent d’entendre que cette tribu est réputée par sa bravoure si bien que tout celui qui appartient à cette tribu s’en vante. Inversement des comportements dévalorisants peuvent accompagner des siècles durant une famille accusée de cannibale ou de courtisane. Ces considérations du reste très arbitraires et reposant sur des normes non objectives sont des résidus qui collent à des pans entiers d’une société empêtrée dans des archaïsmes aberrants. Mais puisque dans nos traditions c’est la société qui a de l’ascendance sur l’individu, de tels préjugés ne disparaîtront totalement que lorsque le vent de la mondialisation balayera toutes les tares d’un passé d’ailleurs évanescent. Aujourd’hui, la Mauritanie est à la croisée des chemins. Après 49 ans d’indépendances, beaucoup de choses se sont passées dans le pays. Notre élite intellectuelle a du mal à prendre la direction du pays qui, avec les répétitions de l’histoire ne fait que retomber de charybde en scylla. A part feu Moktar Ould Daddah, ou l’éphémère Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, la Mauritanie n’a connu que des dirigeants sans envergure politique, ni intellectuelle qui s’imposent par les méthodes très connues de nos présidents. Si au début des indépendances on manquait de cadres hautement diplômés tel n’est plus le cas aujourd’hui où notre élite jouit d’une grande réputation et fait ses preuves partout. Mais le comble est que ceux qui comptent comme bons serviteurs du peuple, de l’état sont de plus en plus rares. La culture du profil, de l’opportunisme a détourné la grande majorité des intellectuels de ce qui devait être leur rôle dans la construction de leur pays. Quand un docteur d’état , un imminent médecin , un chercheur accepte de vendre son âme pour un poste alors qu’il n’a aucune initiative à prendre , aucune contradiction à apporter même si cela va à l’encontre de la vérité , cette élite s’est dévoyée au profil de ses intérêts mesquins . Comment des gens pareils peuvent –ils mériter d’être des serviteurs de leur pays. Ici ceux qui acceptent d’avaler toutes les couleuvres, qui applaudissent de tous leurs membres, et qui s’agenouillent devant le boss sont de loin plus nombreux que ceux qui ont encore des principes à défendre. Ce n’est pas une raison de dire que tous les intellectuels de ce pays sont des béni –oui, oui. Il y a bien des hommes et des femmes qui se font encore une haute idée des principes pour lesquels ils luttent et qui finiront un jour par prendre le dessus sur le mensonge et la servilité.

CTD



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