Blanchisseries, et pressing de Nouakchott : le linge sale se lave-t-il toujours en famille ?

A Nouakchott ce ne sont pas les endroits de lavage d’habits -que ce soit à l’eau ou à sec - qui manquent. Partout les blanchisseries et les pressings poussent comme des champignons. C’est dans ces endroits que beaucoup de personnes se rendent pour redonner à leurs habits l’éclat tant recherché dans une société de plus en plus exigeante en matière de look. Là, ce sont les hommes qui assurent les services de lavage. Par manque de temps ou par souci de porter du prêt à tout moment, ils sont nombreux ceux qui sont abonnés dans les blanchisseries. Au regard du développement de ces galeries « made in Mauritania, » on se demande si le linge sale se lave toujours en famille. Dans ces lieux où l’hygiène n’est pas toujours au rendez-vous, les prix font souvent grincer les dents surtout en période de fête. Tous les quartiers de Nouakchott ont leurs blanchisseries, de loin plus nombreuses que les pressings destinés à la catégorie des « cravatés » appelés flatteusement les responsables. À la différence avec les blanchisseries conçues pour le lavage de boubous et pantalons traditionnels qui constituent l’essentiel de l’accoutrement des mauritaniens. Dans ces blanchisseries, les moyens utilisés sont rudimentaires. On ne se trouve pas en face de matériel de buanderie moderne mais de baignoires en plastiques ou de barils à moitié coupées dans lesquelles les habits sont plongés et soumis à des opérations de nettoyage au prix d’un effort musculaire ou les empoignades et les tournures manuelles permettent de débarrasser le linge de ses malpropretés. Le savon et autres produits détergents sont utilisés pour rendre plus rapide la propreté des habits. Mais les conditions d’hygiène qui prévalent dans ces blanchisseries trahissent la confiance. Aux pullulements des mouches attirées par des eaux usées qui stagnent des jours durant vient s’ajouter un décor fait de mélange d’habits de provenances multiples sentant des corps différents. Des mains habiles et vigoureuses ont beau faire leur œuvre l’hygiène n’est pas de mise. La même eau jaunie par les saletés qu’une mousse aux mille savons ne peut plus cacher la nature de ce liquide utilisé plusieurs fois pour du linge qui va absorber des quantités d’odeurs qui se retrouvent dans la même bassine. Le fer à repasser qui viendra assouplir le linge devenu sec et même brillant ne suffit pas pour éliminer toutes ces bactéries qui ont pénétré dans les moindres pores du tissu. Mais beaucoup de gens ne se soucient point de ces aspects là. L’essentiel étant d’avoir son linge emballé frétillant d’amidon.
Le coin des locataires
Dans ces blanchisseries il se passe des choses drôles. Certains viennent là un week-end pour louer un boubou bien présentable. Et comme ici tout se ressemble dans les modes de coutures, le blanchisseur du coin profite de l’absence de certains clients pour fournir les habits à un locataire moyennant un prix qui varie entre 400 et 500 um équivalent au prix du lavage dans les blanchisseries. On voit jusqu’où la cupidité peut pousser ces hommes à la recherche du profit. Les mauritaniens ont du mal à se débarrasser de certaines habitudes incompatibles avec les temps modernes. Ils doivent de plus en plus être voyant sur les normes d’hygiène élémentaires sans lesquelles ils peuvent mettre en péril leur santé. Au moins dans les pressings, le travail est différent car les méthodes ne sont pas les mêmes .Là aussi il ne faudrait pas s’étonner que votre costume soit porté par un client locataire qui voudrait changer un peu d’apparat pour aller au bureau en « coss » .

Amadou Diaara



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