Du triangle de la pauvreté, au polygone des massacres

  Seul maître à bord d’une vaste campagne menée tambours –battant, le prochain candidat succédant à sa propre ombre joue sa partition pour éliminer systématiquement tous ceux qui peuvent lui faire ombrage.

A chaque lieu visité, il envoie un message fort aux populations. Caressant toutes les fibres, le Général multiplie les opérations de charme en laissant entendre aux populations affamées et abandonnées, tantôt, que leurs malheurs sont causés par le scandale du riz avarié, tantôt par les détournements des deniers publics; et de justifier les raisons qui poussent à chaque fois l’armée à intervenir pour rétablir la situation.

Au triangle de la pauvreté

Les habitants du triangle de la pauvreté ont été gavés de mots qui à eux seuls ne suffisent pas pour venir à bout de leurs maux. Ces populations qui endurent les affres de la faim, de la soif et des maladies ont-il besoin qu’on leur situe les responsabilités dans le pillage des deniers publics, du riz du Plan Spécial d’Intervention ou encore de leur dire que la Mauritanie est riche mais…

Quelle maigre consolation pour ces damnés de la terre qui ne sont bons qu’à servir de réservoir électoral à tout celui qui cherche à se hisser au sommet ! Le Général sait bien que la misère des populations de son pays ne date pas d’aujourd’hui ; que les richesses de la Mauritanie se reflètent à travers les boubous basins ou les costumes que lui et sa délégation portent ou à travers les régalades offertes à son cortège.

 Le triangle de la pauvreté n’a pas besoin qu’on lui dise pourquoi il est si pauvre. Chaque habitant sait ce qu’il mange par jour, le nombre de litres d’eau impotable qu’il boit ou encore dans quelle niche, il habite.

Le témoignage poignant de cet habitant de Barkéol devant les cameras de la TVM, s’il ne dit pas tout sur ce long calvaire que vivent les populations auxquels s’adresse le Général, résume au moins partiellement les conditions de vie des siens qu’il compare à celles des condamnés au supplice du jugement dernier ( La yamoutou viha we La yahya ) faisant ainsi allusion à un verset du Saint Coran.

 Ces habitants savent bien que les grands investissements dans la lutte contre la pauvreté ne sont pas destinés aux populations démunies. Bien au contraire ! Mais le triangle de la pauvreté est convaincu que son sort ne dépend que de son courage et de sa persévérance à affronter les rigueurs de la nature et l’ingratitude de ses dirigeants.

Au polygone des massacres

Non loin de ce triangle de la pauvreté vivent aussi des populations marginalisées, réduites à la peur et à la résignation par un système qui refuse de lâcher prise. Les riverains du sud sont pourtant pauvres et cela peut paraître paradoxal pour des populations qui habitent sur les berges fertiles d’une contrée sensée être le grenier de la Mauritanie.

Mais il n’y a pas plus pauvres que celui qui fut spolié de ses biens et privé de ses droits les plus élémentaires. Ces pauvres contre lesquels on a dressé une machine répressive et aveugle. Boghé, Bababé, Sori Mallé, etc…et tant d’autres localités du Sud de la Mauritanie nous plongent dans un univers cauchemardesque d’une période sombre de l’histoire de ce pays.

 C’est là qu’on été massacrées des milliers de personnes innocentes pendant toute la période d’exception. C’est là aussi que sont originaires des centaines de militaires noirs assassinés par leurs « ennemis » d’armes dans plusieurs casernes du pays. Cette tragédie est la pire des abominations que ce pays a connues. Le Général est attendu dans ce polygone des violations massives des droits de l’homme. Que va –t-il dire à ces populations pauvres et endeuillées ?

 Amadou Diarra 



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