| Œil pour œil, dent pour dent |
| Soumis par renovateur le Mar, 16/06/2009 - 09:29 |
C’est vrai que l’ACD a été signé jeudi dernier par les trois pôles politiques, grâce aux pressions du médiateur providentiel Me Wade. C’est vrai aussi que le dit accord, comporte des aspects verbaux, donc "non écrits", qui engagent tous les antagonistes politiques, à s’en acquitter, pour l’amour de ce pays. Parmi ces promesses non écrites, on cite essentiellement celles qui ont été prises par les médiateurs et la communauté internationale devant toutes les parties en conflit, pour faciliter l’avènement d’un consensus politique chancelant, mais également, pour que l’entrée en vigueur de l’ACD ne souffre pas, de conditions, pouvant être soumises à des discussions ultérieures.
Il s’agit essentiellement des engagements du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi de ne pas constituer un frein à toute solution consensuelle, de Ould Abdel Aziz, d’œuvrer pour la même fin, de Ould Daddah, de renoncer au harcèlement politiquement de son pur ennemi, en évoquant sans cesse les textes de la charte africaine sur la démocratie et l’alternance, qui interdisent l’éligibilité d’auteurs de coups d’Etat à des élections.
Reconnaissons-le, l’ACD était en fait un document incomplet pour pouvoir conduire à une transition politique, aux commandes juridiques autonomes. Ceci est d’autant plus vrai, si l’on sait que l’accord s’est tissé sur des antécédents anticonstitutionnels. Mais, le pari résidait surtout dans sa signature à tout prix, pour reporter les élections présidentielles et éviter à la Mauritanie de s’embraser.
En effet, aux mêmes moments où les négociations butaient au Méridien sur quelques positions radicales, les forces de la police étaient en accrochage musclée avec des manifestants décidés à faire échouer le coup d’Etat et à le scrutin. Les blessés étaient dans les deux rangs.
Durant les 7 jours des négociations de Dakar, chaque antagoniste imposait ses conditions propres pour la poursuite des pourparlers. Devant le refus des parties en conflit, de faire des concessions capitales, les médiateurs internationaux, dont le programme est habituellement surchargé, n’avaient pas d’autre choix, que de tenir des promesses, de régler tel ou tel aspect, pour faciliter, satisfaire les requérants et faire avancer les discussions.
Le problème qui se pose actuellement alors, pour les médiateurs et la communauté internationale, c’est d’user de tous leurs tacts diplomatiques, pour pousser les frères réconciliés, à profiter de ce terrain politique fertile que constitue l’ACD, pour optimiser la récolte des grands périmètres.
Pour ce faire, les médiateurs, heureusement pas trop impatients, croisent les mains et attendent la réalisation des promesses tenues par les différents protagonistes de la crise politique mauritanienne. Mais veillent à rester bien présents devant les yeux des antagonistes, pour leur rappeler que la partie du match politique n’est pas arrivée encore au stade qu’il faut.
Les médiateurs espèrent bénéficier de la générosité politique de Sidioca, représentée par la remise volontaire de sa démission. Ould Cheikh Abdallahi tiendra sa parole, mais, pas n’importe comment.
Les médiateurs comptent également être en présence de décisions de bonne volonté de la part de Ould Abdel Aziz, qui doit tout faire pour montrer à l’opinion nationale et internationale, qu’il est au même pied d’égalité que tous les autres acteurs politiques, pour se lancer dans la future présidentielle du 18 juillet prochain.
Mais, avec un Haut Conseil d’Etat toujours présent et tout acquis au Maître, la neutralité n’est point chose acquise, étant donné que depuis 1978, la politique, n’a jamais été dissociée du devoir militaire de défendre le pays. En effet, dans toutes les élections présidentielles, c’est le candidat soutenu par les militaires qui a de grandes chances de l’emporter. Tout autre candidat qui peut s’imposer est victime de fraude ou de destitution. Les arguments ne manquent pas dans le système kaki mauritanien.
Ainsi pour dire, Sidioca est prêt à sacrificer sa légitimé de président démocratiquement élu, si toutes les règles saines d’un pari démocratique sont réunies, pour que la future transition politique, ne s’opère pas suivant, les allures que certains lui voudront, aux fins de réaliser leurs propres desseins, sur le compte d’un multipartisme truqué.
D’ailleurs, le HCE n’a plus sa raison d’être, dés lors où on est en présence d’un GUN. Le cas échéant, il faut le soumettre à la "mathématique consensuelle", en nommant en son sein, des grands officiers, qui devront représenter dans le HCE, le Fndd et le Rfd. C’est cela, l’égalité des chances, sinon, toute autre transition sous l’actuel HCE, serait imparfaite au départ et à l’arrivée.
C’est donc là un autre devoir patriotique auquel le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, tient beaucoup sans qu’on le sache. En effet, pour le bien de la Mauritanie dans toute sa diversité, l’homme d’Etat a renoncé à son poste de premier magistrat de la République, démocratiquement élu.
Mais comprenons-le, comme le montre la communauté internationale, que Sidioca luttera jusqu’au dernier souffle pour préserver sa dignité et celle des siens, en évitant, de tomber, lui aussi, dans le même piège politique, que le chef de file de l’opposition et président du Rfd, Ahmed Ould Daddah.
En effet, en donnant chèque blanc à Ould Abdel Aziz et en soutenant le coup d’Etat du 6 août dernier, Ould Daddah n’était pas conscient de la portée considérable de cette décision fatale, destinée plus à une bonne consommation locale et internationale du putsch, qu’à la sauvegarde de la démocratie.
Le président Ould Daddah en a porté un coup sérieux, qui l’a profondément marqué ; d’ailleurs remarqué, aux salutations froides entre lui et le Général Ould Abdel Aziz, à la cérémonie de la signature officielle de l’ACD.
En effet, tout le monde s’était levé pour saluer Ould Abdel Aziz, lequel, prudent d’exposer publiquement ses différends avec Ould Daddah, est allé lui tendre la main. Mais, à peine levé, dans un reflex purement formel, Ahmed a salué celui qui a essayé vainement, par tous les moyens, de le démolir et de le discréditer, en se fixant comme objectif principal, son humiliation publique. De ce piège qui lui a été tendu, le président du Rfd, a finalement sauvé la face, mais il ne s’est pas tiré de cette regrettable et malheureuse embuscade, sans blessures et fractures politiques très graves.
Ainsi pour dire, Sidioca tiendra sa parole de démissionner, mais, il faut que cet acte patriotique inaugure une nouvelle ère pour le pays, loin des bottes militaires. Il faut que le Haut Conseil d’Etat soit dissout, pour que les futurs candidats se sentent lancés dans une course présidentielle où la transparence est de mise.
Acquis à la majorité, le HCE, composé d’illustres officiers tous trempés dans la politique et habitués comme tous les militaires de ce pays, à user de cette main invisible pour tailler les processus électoraux à leurs uniformes, apportera incontestablement son soutien au candidat qui assurera au mieux ses lendemains. En effet, le HCE ne pense actuellement que la garantie de ses jours de retraite, étant donné, qu’une fois élu, le futur président, le révoquera de cette mission qu’il se forge.
Si Ould Abdel ou un autre homme de main est élu, ce sont des années grasses qui attendront ce groupe de hauts officiers. S, par contre, un autre homme, particulièrement Ahmed Ould Daddah, est élu président de la République, c’est plutôt les années de vaches maigres, les retraites et peut être les poursuites judiciaires qui vont pleuvoir sur le HCE. Autant dire, qu’aux yeux du HCE et de ses protecteurs, il faut tout faire pour cette triste fin, ne voit jamais le jour.
C’est donc là que résident les craintes du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui montre une fois encore, qu’il ne sera pas un obstacle à une solution consensuelle, mais, pour lui, il faut que cette issue politique heureuse soit une réalité, et non une mascarade, faite dans le seul but de dépasser l’impasse politique de l’heure. Un jeu de dupes auquel, Kadhafi, le Guide libyen de la Jamahiriya libyenne, ne serait point étranger.
Si Sidioca doit annoncer volontairement sa démission, une décision héroïque, dans un monde où l’on est le témoin quotidien des "folies du pouvoir", en particulier, dans notre monde africain, il ne faut point dresser des obstacles à ce départ, par des refus, visant à étouffer les chances d’un jeu démocratique, où tous les acteurs sont égaux devant la désignation des hommes de la transition.
Enfin, soulignons que Sidioca, qui a été trahi par de nombreux de ceux qui l’ont soutenu pendant sa campagne présidentielle en avril 2007 et même au cours des 15 mois passés à la tête du pays, a tellement appris de choses sur l’ingratitude politique, qu’il tient aujourd’hui fermement à ne pas refaire les mêmes erreurs, surtout, si l’on sait que sa postérité politique restera foncièrement tributaire de la réussite totale de l’accord cadre de Dakar, aussi bien dans ses engagements écrits que verbaux.
Mohamed Ould Mohamed Lemine
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