Quels fondements pour le pouvoir de Aziz ?

Beaucoup de pouvoirs sont édifiés sur des fondements précaires parce qu’ils sont venus à la faveur d’occasions conjoncturels le plus souvent accidentelles. Il faut du temps pour élever l’ouvrage et le conjurer contre les mauvais sorts. Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz est de ceux –là qui se cherchent et qui tente de se donner sa forme. Pour se faire, il a besoin de bons architectes, de bons ouvriers, bref d’une bonne main –d’œuvre. Qui sont ces gens censés être les piliers d’un chantier qui ne fait que commencer et comment sont-ils choisis pour mener ce travail titanesque ? Combien de temps mettra ce monde pour sortir ce chantier de la terre ? Certains diront encore que telle n’est pas la voie choisie par le président qui préfère plutôt rafistoler que de construire son propre ouvrage. A présent il est difficile de savoir si le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz a des ambitions de changer profondément le cours de l’histoire ou s’il se contentera tout simplement de gérer à sa convenance le destin du peuple . Il n’est pas très tôt de se poser ces questions. Mais il n’est pas évident d’avoir des réponses adéquates en peu de temps. Depuis qu’il est au pouvoir, le président n’a qu’un mot qui revient sur tous ses discours : « Une Mauritanie nouvelle ». Il ne s’agit pas donc d’une nouvelle Mauritanie puisque celle-ci existe et est vieille d’un demi-siècle d’indépendance. Mais historiquement l’ancienne Mauritanie remonte des siècles très lointains. Si l’on essaye d’interpréter le sens de cet adjectif postposé à Mauritanie, nous aurons à l’esprit le vrai sens du mot qui traduit l’idée d’un changement dans les manières, dans le style, dans les rapports du citoyen avec l’état, avec la morale politique etc.…Nous arrêtons là la liste des suppositions. Si tel est le projet de Mohamed Ould Abdel Aziz, l’ambition est bien grande ; le travail à mener plus énorme. C’est à ce niveau que nous disions plus haut que le changement que semble se promettre Aziz nécessite l’implication de toutes les forces vives du pays dans l’édification de cette citadelle nouvelle que sera la Mauritanie sous la houlette de cet homme. Il s’agit bien de cette Mauritanie dont la nouveauté ne doit pas attendre des années pour se réaliser. Dans ce cas il faudrait garder celle qui existait avant le 6/6. Car avec toutes ses imperfections le peuple vivait dans la débrouillardise. Les mendiants n’étaient pas pourchassés manu –militari, leur programme social était au moins une « trompe faim ». Les fonctionnaires bénéficiaient d’augmentations importantes de salaires, quelque chose faisait semblant de bouger même si c’est pour répondre aux injonctions des bailleurs de fonds à travers des programmes comme la lutte contre la pauvreté, le sida, la promotion d’une presse qui, à défaut d’obtenir des subventions, avait au moins accès à des abonnements mal répartis. Il est tant que cette Mauritanie nouvelle montre ses couleurs, autres que celles que le peuple n’a fait que voir : augmentations des prix, montée du banditisme, thésaurisation de l’ouguiya par les commerçants, chômage des jeunes, détresse des couches vulnérables. La Mauritanie nouvelle suppose une renaissance dans tous les domaines. Politiques d’abord avec l’ouverture d’un dialogue avec l’opposition, économique ensuite avec une bonne maîtrise de la croissance, de l’inflation et un assainissement des finances publiques. Juridique aussi avec un appareil judiciaire déconnecté de l’exécutif. Sociale ensuite avec la promotion d’une politique de l’emploi et de la réinsertion des jeunes. Culturelle avec le respect des diversités culturelles, la discrimination positive, l’égalité de tous devant les droits. Sans cela, le changement tant claironné ne relève que de la propagande.

CTD



» Retour

Poster un nouveau commentaire

7 + 5 =
 Réponds à la question