Qui refuse le dialogue ?

Au fil des médiations et des différentes discussions tenues entre les camps antagonistes mauritaniens, il parait clairement aujourd’hui qu’un groupe serait opposé à la recherche d’une solution consensuelle de sortie de crise. Il s’agit des ex parlementaires frondeurs (aujourd’hui animateur de l’UPR) qui prétendent faire la pluie et le beau temps en Mauritanie. Pour preuve, ce sont eux qui œuvrent à faire capoter la médiation sénégalaise, arguant d’un impossible report de la présidentielle.
 
Au fil du temps, le noyau dur à l’origine de la crise politique qui a conduit à la prise de force du pouvoir par les militaires le 06 août, étale au grand jour ses ambitions : régner seul et en maître sur les destinées du peuple mauritanien. Après avoir réussi à neutraliser, à isoler, puis à évincer le Président élu, ce groupe composé de parlementaires et d’insatiables politiques s’est révélé être le bras politique des généraux qui de fait contrôlait l’essentiel du pouvoir avant de le confisquer tout bonnement une matinée du mois d’août 2008.
 
 C’est alors que cette « brigade parlementaire » s’est investie plein pouvoir en réclamant des poursuites judicaires contre l’ex première dame et en menaçant le Président déchu du même sort. C’est également cette cohorte d’élus, de politiciens et d’hommes affaires qui sont à l’origine des Etats Généraux de la Démocratie (EGD). Les hommes venant de la Mauritanie des profondeurs ayant été choisis par leur entremise. Le calendrier électoral avancé lors des ces EDG répondait en fait à de fins calculs concoctés avec la bénédiction du maître. Aller au plus vite aux élections pour barrer la route au front anti-putsch qui serait alors pris de vitesse et en même temps légitimer le pouvoir du Général Aziz. Arc-boutés sur leur position ces hommes veulent cantonner le FNDD et le RFD aujourd’hui dans une posture d’opposition radicale.
 
Cela leur permet de garder leurs privilèges et de réclamer également comme les sauveurs du pays contre le péril des sanctions que prône l’opposition. Reconnu comme acteur incontournable dans la recherche d’une solution à la crise, ce groupe refuse catégoriquement le recul de la présidentielle. Pourtant des partis soutenant Mohamed Ould Abdel Aziz ont demandé le report de cette élection afin de permettre la sortie de la grave crise politique que connaît le pays. Mais cela, les ex députés frondeurs et leurs alliés n’ont en cure. En fait, ils semblent redouter une réconciliation entre tous les acteurs politiques qui pourrait marquer la fin de leur hégémonie et la perte de leurs privilèges. Une saine compétition et une propre émulation ne semblent pas être leur priorité.
 
C’est alors que le Sénégal qui était proche de trouver une solution dans la difficile médiation qu’il mène, a récolté un niet de la part de ces parlementaires, ramenant les contacts au point mort. Leur principal argument : ce sont les EGD qui ont fixé la présidentielle et il serait impossible de la reporter. Un argument bien mince en cette période de crise politique aigue. En quoi serait-il dérangeant de reculer de quelques semaines la présidentielle pour permettre à tout le monde d’y prendre part ? Ne serait-il pas profitable à tous les mauritaniens que la crise politique prenne fin et que le spectre des sanctions s’éloigne enfin ? Il est quand même dommage qu’une partie des mauritaniens prenne part à l’élection alors que l’autre est en marge. Et surtout le danger réside aujourd’hui dans un risque de confrontation généralisée entre les deux camps à l’approche du scrutin présidentiel.
 
 Le nœud du problème mauritanien réside en ces parlementaires qui font tout pour faire capoter toutes les négociations sérieuses afin de porter le 06 juin leur candidat au palais présidentiel. Le salut serait des élections législatives et sénatoriales anticipées qui permettraient un renouveau de ces deux chambres pour leur grand bénéfice de stabilité et de la paix des cœurs.
 
Abdoul Fall


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