Loupe.jpg
Loupe.jpg

La nouvelle guerre contre le terrorisme dans la vaste région sahélo-saharienne n’est qu’un épisode de plus de cette confrontation qui implique maintenant, à des degrés divers, plusieurs pays africains. Encadrée par la France et les USA, cette équipée meurtrière est loin de faire l’unanimité entre les gouvernements des pays concernés ou d’obtenir le suffrage des populations. Certes, tout le monde est d’accord sur la nécessité de faire face à la menace terroriste mais la question est : faut-il une sainte alliance entre les pays concernés, dans le cadre de l’accord de Tamanrasset (Algérie), ou doit-on laisser aux Américains et aux Français la latitude de planifier cette stratégie régionale de containment du phénomène terroriste pour l’empêcher de se développer et de pouvoir encore attaquer les grands de ce monde sur leurs propres sols ?
La réponse est difficile à donner. Déjà, il y a quelques mois, la libération de salafistes détenus par le Mali contre celle de l’otage français Pierre Camatte, a failli brouiller le climat entre Nouakchott et Bamako. L’incident avait conduit au rappel de l’ambassadeur de la Mauritanie à Bamako et un mutisme entre les deux capitales qui a duré plusieurs mois, avant un subit retour à la normale, sans doute avec l’intervention discrète de la France. De là à penser qu’il s’agissait déjà à ce moment précis de préparer l’opération du 22 juillet dernier, qui vient de recréer l’ambiance de crainte et d’insécurité, il n’y a qu’un pas que certains n’ont pas hésité à franchir allègrement. Certes, entre la Mauritanie et le Mali ce n’est pas encore la crise ouverte mais on ne peut pas dire non plus que les nuages qui assombrissent les relations entre ces deux pays depuis la libération de Pierre Camatte se sont estompés. On ne peut pas toujours se fier au discours officiel qui très souvent entretient une sorte de malentendu sur des questions d’importance dans la sous-région. On ne sait pas, par exemple, si le Mali a donné carte blanche à la Mauritanie pour exercer un droit de poursuite dans ses terres ou si, tout simplement, Bamako n’a pas réagi parce que la France était engagée dans l’opération. Mais il est à craindre que le différend entre Nouakchott et Bamako ne soit pas simplement une question de « malentendu ». Il pourrait bien relever plutôt d’une différence d’approches et de rapports entre Etats qui ont des intérêts géostratégiques différents.
Dans ce cadre, la Mauritanie est certainement le pays qui offre le moins de visibilité quant à ses ancrages et affinités politiques.
Taxée hier d’avoir penchée légèrement du côté du Maroc, sur la question du Sahara, la Mauritanie se serait ressaisie un temps pour tenter de revenir à cet «équilibre » (équilibrisme) nécessaire entre Alger et Rabat. Mais, selon plusieurs observateurs politiques, Nouakchott vient encore une fois de provoquer le courroux du voisin algérien en menant une opération militaire avec la France qui, on le sait, n’a pas que des atomes crochus avec le pays de Boutefligha. Ce serait contre la prise de langue des Algériens avec les Américains dans la stratégie de lutte contre le terrorisme que la France cherche à pousser la Mauritanie devant ! Pris entre les deux camps, le Mali tenterait de jouer une sorte de « neutralité » qui lui permet de rester ami avec tout le monde. Une position qui s’explique également par le fait que Bamako est embarrassé par la présence d’AQMI sur son sol et son incapacité d’agir. Si la France s’est tournée vers la Mauritanie pour traquer les terroristes dans le nord de ce pays, ce n’est pas faute d’avoir essayé, d’abord, de forcer la main aux Maliens ! Un refus poli de ceux-ci s’expliquerait sans doute par la crainte de devenir la cible d’actions menées par des terroristes qui, jusqu’à présent, se contentent d’utiliser le vaste désert malien comme base de repli après avoir « opéré » dans les pays voisins. A méditer par la Mauritanie qui semble avoir choisi l’option de la confrontation. Avec l’appui « logistique » de la France ou sous ses ordres ?

Cheikh Tidiane Dia