Vers la fin du phénomène de la gazra d’Arafat

Fatimetou, la quarantaine, qui vit dans la gazra depuis vingt ans, ne cache pas sa joie de la résolution du problème, elle dont le fils aîné est né dans la gazra. En dépit de son attachement affectif au lieu, cadre spatio-temporel de 20 ans de sa vie, avec ses joies et ses tristesses, cette mère au foyer se dit disposée à contribuer à la solution du problème.

La solution évoquée par Fatimetou signifie le passage d’une rue sur sa vieille chambre en ciment. En échange, elle recevra une parcelle de terrain nu aux confins de la zone dite "Kadahar", plusieurs km au sud, dans un no man’s land excentré, éloigné de tout. Maigre consolation.

Bien qu'il soit deux heures midi, temps propice au repos, à la sieste, à l’ombre à l’intérieur des maisons ou plutôt de ce qui en tient lieu, les habitants tiennent à suivre l’équipe chargée de la planification, qui a procédé au traçage de la rue de dix-huit mètres de longueur.

Dans les parages, tout autour, les bulldozers ont éventré les habitations, dégageant la voie, indifférents aux vestiges d’un espace qui garde encore les souvenirs vivaces de la gazra. Les familles sont occupées à faire les préparatifs du déménagement.

Fragments de chambres, de mures, débris de sols, de cuisines, de latrines, de boutiques, restés debout ou tombés suite à l’ébranlement des gros engins, le paysage ressemble à un véritable champ de bataille d’une guerre dont le vainqueur ne sont évidemment pas les propriétaires des gazras "traversées" par les rues, ruelles et places publiques.

À une distance de trois kilomètres de l’école Cheikh Hamahoullah, dans la rie dite du "poteau 13", une vive polémique a éclaté entre, d’une part, un groupe de femmes, et, de l’autre, un policier chargé de l'application de la décision de cesser toute construction dans la zone. Elles disent que les bulldozers, ivres et aveugles, ont détruit les canalisations d'eau, dont elles se servaient. Elles se trouvent donc dans l’obligation de mettre en place de nouvelles et rapidement. Le policier les en empêche. Averties, les autorités administratives interviennent et résolvent le problème, à l’avantage des populations.

Des allégations circulent au sujet de plusieurs cas de favoritisme, de népotisme et de clientélisme de la part des autorités administratives. Faveurs à l’égard de certains, brutalité envers la majorité. L’histoire, encore une fois, se répète.

Yahya Ould Hamoud



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