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Il y’a un constat, bien partagé, qui porte à dire que la vie conjugale à Nouakchott occasionne inéluctablement le tarissement des sources économiques, la détérioration des conditions d’existence : le mariage, acte personnel et social, fournit un cadre favorable à la réanimation, au maintien, à la revitalisation des fantasmes du communisme traditionnel voulu par les coutumes et qui consiste à transformer le foyer en pole d’attraction, en centre d’accueil ouvert à tous les parents. Ainsi les ménages de la capitale, engorgés par des hôtes, des mécaniciens, des chômeurs, des sans-culottes de la lignée, les sans – gène de la région, cède à l’ontologie unitaire, à l’amertume. Ecartelés entre les impératifs d’un collectivisme antique qui impose assistance horizontale et verticale, à cette surpopulation et la prise en charge des besoins d’épanouissement personnels des conjoints, le chef de ménage hésite, et se trouve devant un dilemme. Dans tous des cas , la culture urbaine n’est pas suffisamment équipée pour de telle solidarité passive qui frise le parasitisme. S’il en est ainsi, nous ne sauvons continuer à conserver pieusement les us, au parfum rural, d’un ordre social vieilli en voie de disparition, qui disparaîtra à tout jamais parce que anxiogène. Le problème, c’est comment, quand bien même nous disposons d’un fonds de bon sens, prendre soin de tous les parents (au sens africain) et leur porter secours compte tenu de nos faibles revenus ? La bonne volonté est – elle à elle seule suffisante dans cette logique ? Ce dont on est certain par contre, c’est que l’insertion des mécanismes de solidarité traditionnelle dans le tissu urbain exerce un effet corrosif sur l’élévation de notre niveau de vie matérielle. Il en découle même une pathologie sociale : l’état de lieu de la pauvreté à Nouakchott à montre que celle-ci touche plus sévèrement les ménages engorgés aux revenus aléatoires. Comment peut-on d’ailleurs se hisser au dessus du seuil de pauvreté si le potentiel économique est inhibé par la surpopulation ? Quel système alternatif ? Redéfinir la solidarité, la recadrer, pour la mettre en cohérence avec la société de consommation ? Compte tenu des vicissitudes du contexte urbain, il est opportun voire urgent de trouver des moyens efficaces pour intégrer, surtout réadapter les vertus de hier aux exigences d’aujourd’hui, du moins prendre en compte les mutations socio-économiques en cours. En attendant les familles Nouakchottoises continueront à subir les effets de leur espaces-étouffoir, leur régime cellulaire de leur S21. S’acquitter de intendance étant difficile, elles se replient dans des quartiers défavorisés, sans infrastructure de base, au centre de santé bas de gamme, aux écoles de bas étage, une insécurité ambiante. Le pilotage de la locomotive est difficile : la charge est supérieure à la puissance du moteur qui éclate. Pour éviter le discrédit le protecteur nourricier de la famille prive son épouse, ses enfants d’un minimum nécessaire. Il se consacre uniquement à bouillir la marmite : les conjoints s’oublient, se négligent. Ainsi l’érosion économique ouvre la voie à l’érosion des sentiments et entraine le délabrement des objectifs du mariage : promouvoir une intimité affective, réaliser un idéal à travers et par le biais de l’autre, unir force et intelligence pour résister victorieusement aux tempêtes, aux angoisses de la vie, la procréation, en un mot un terrain ou devrait se cultiver le bien être, le bonheur. Cette contradiction fait le lit du conflit conjugal, en est même la trame de fond : lorsqu’un père de famille, du fait de l’hospitalité morbide, perd son rôle de nourricier du foyer, c’est l’orgueil du mâle qui se trouve blessé. Où bien il se désintéresse de son nid conjugal, ou bien tombe dans la résignation. Cette situation est le plus souvent ressentie par « l’ange du foyer » comme une atteinte a sa dignité de vestale, déjà atteinte par la divergence des trajectoires phycologiques : elle aussi ploie sous le poids des charges sociales liées à son statut de femme. Si la capacité financière du mari ne peut plus subvenir aux prestations matrimoniales, à la cotisation des tontines, aux contributions à des baptêmes, à la garde robe au seul prétexte que l’exigüité des ressources et l’inflation des dépenses du ménage ne permettent pas de faire face à cette charge non négligeable, alors il ouvre ses porte à l’extérieur, un “M barane“ serait d’un recours providentiel ; ce qui crée des tensions muettes qui n’attendent qu’une scène pour s’exprimer : L’électricité est dans l’air. Bouderie, réticence devient récurrentes. La mise en équation, dans ce cas précis, du bonheur conjugal est imputable à l’engorgement du territoire du couple, à l’insatisfaction des besoins strictement privés des conjoints qui en découle : on se sacrifie au groupe au nom des archétypes limitants. La conséquence ? L’apathie générale, une plongée dans la régression, velléité d’adultère. La femme répand des critiques amères. Elle n’assume plus sa fonction de stabilisateur. Le couple se joue la comédie. Ainsi en milieu urbain, la vie conjugale est un défi constant, un casse-tête chinois, tout, en tous cas sauf un lieu de repos.

Sy Alassane Adama
Philosophe