Zone de turbulence

 La nouvelle configuration, même si elle ne rétablit pas la sainte alliance du premier tour de l'élection présidentielle de 2007, comporte tous les risques d'une crise politique qui aura seulement hiberné le temps d'un processus démocratique de moins de trois ans.

Personne dans le camp du pouvoir ne semble mesurer le risque de la nouvelle escalade en se demandant, réellement, ce qu'on peut reprocher au système Taya et pas à celui que le Général et ses amis politiques sont en train de mettre en place de manière unilatérale. L'amalgame créé autour de la crise du pouvoir sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et du non retour de l'ancien système de Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya ne sert pas les desseins politiques du général Aziz quand on sait que tout le personnel technique qui gravite aujourd'hui autour de lui est concerné par les reproches, fondés ou non, faits à ces deux pouvoirs. Le simple fait d'ignorer la crise, en allant à une élection présidentielle contestée – et contestable – ne peut aller dans le sens des réformes politiques, économiques et sociales mises en avant par le HCE. Le refus de revenir à la case départ dont parle constamment le général prête à sourire. Disons qu'il suscite plutôt les craintes de voir le pays entrer à nouveau dans une zone de turbulence où les risques se mesurent à l'aune de la capacité des protagonistes de la crise à éviter les écueils de la confrontation politique aveugle. L'entêtement du Général à organiser des élections devant servir à légitimer son pouvoir provoque déjà comme réaction la volonté de l'opposition à ne pas accepter le fait accompli. L'organisation coup sur coup de deux meetings de protestation, les 1 et 2 avril par le RFD et le FNDD sont des coups de semonce qui annoncent le retour d'une ère de troubles politiques qu'on croyait révolu avec la chute de Ould Taya. Face à une telle surenchère que les attaques du Général et la réplique du président de l'Assemblée nationale rendent prévisibles, le pouvoir  est seul responsable de ce qui pourrait arriver. A-t-il encore le temps de se raviser et de ne prendre pour argent comptant le soutien d'un Kadhafi, volatil à souhait, et d'une France qui ne se soucie que de ses intérêts ? Ceux du général – président ne sont aucunement dans la volonté de conserver un pouvoir "mal" acquis mais de laisser un bon souvenir pour la postérité, celui d'avoir débarrassé le pays d'une dictature de vingt ans, un certain 3 août 2005, et d'avoir permis la tenue d'une élection libre et transparente en 2006-2007.

            Les "liaisons dangereuses" du général avec le personnel politique de Ould Taya – et avec l'Iran et la Libye - ne répondent pas au nouveau contexte national d'ouverture aux règles de jeu sur le plan international. Aucun pays, aussi riche soit-il, ne peut se suffire à lui-même comme semble vouloir le dire et le croire le Général, même si, les derniers rebondissements de la crise prouvent que l'intérêt accordé aux relations avec l'étranger a bien de l'importance pour la junte. Pour Ould Abdel Aziz, les choix ne sont donc pas légion. La tension qui monte au fur et à mesure que son élection présidentielle approche le pousse à se ressaisir, s'il ne veut pas se retrouver dans la même position que Ould Taya au moment où il s'est trouvé acculé de toutes parts. La seule différence c'est que l'ancien dictateur de Nouakchott a mis vingt ans pour en arriver au point de non retour alors que le Général est en voie de brûler toutes les étapes.

Ses idées "réformistes" pouvaient avoir un sens s'il avait suivi les conseils d'une partie de ses soutiens appelant au "renouvellement de la classe politique" lors des journées préparatoires des EGD (Etats généraux de la démocratie) de Rosso et d'Atar. Il aurait réussi là au moins à éviter de dénoncer la classe politique "décadente" qui s'oppose à sa rectification et à s'accommoder de celle autre, du même âge et de la même école qui lui joue le même air qui endormait Maaouiya, jusqu'au réveil douloureux du 3 juin 2005.

 Amadou Diaara



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